Actualité théâtrale

Théâtre de la Commune Centre National Dramatique d’Aubervilliers, partenaire Réduc’ Snes, jusqu’au 7 avril 2013

"Molly Bloom" Épilogue d’ "Ulysse" de James Joyce Mise en scène Laurent Laffargue

" Ulysse" , le roman de James Joyce met en présence deux Irlandais, Stephen Dedalus et Léopold Bloom dans la ville de Dublin, au cours de la journée ordinaire du 16 juin 1904.

A travers la restitution du quotidien de ces deux hommes et au fil de leurs pérégrinations, Joyce explore le concept du monologue intérieur pour aborder, de cette façon particulière, les sujets de la mort, du sexe, de la religion ou encore de la situation de l’Irlande.

La parution d’ "Ulysse" suscita une vive controverse. Le livre, jugé obscène, fut interdit aux États-Unis jusqu’en 1931. Reconnu, il sera l’objet de nombreuses études.

Molly Bloom, femme de Léopold Bloom, est constamment présente dans les pensées de son mari. Mais elle n’apparaît directement qu’à deux reprises dans le roman de James Joyce : dans le premier épisode de la seconde partie et à la fin, où elle dit l’épilogue.

En huit phrases sans ponctuation comprenant environ cinq mille mots chacune, Molly Bloom brosse d’elle un portrait que Léopold ne connaît pas et un portrait de Léopold que lui-même et ses amis ignorent. Les valeurs qu’elle met en avant n’auraient pas l’adhésion des autres personnages du livre.

Laurent Laffargue, metteur en scène, un passionné de la thématique des femmes et du désir au féminin ne pouvait pas éviter d’aborder "Molly Bloom" qui touche au cœur du sujet.

Ce texte, peu monté pour des problèmes de droits, est maintenant dans le domaine public.

A l’origine, il dure deux heures et demie et, pour lui trouver une dimension théâtrale et à en ramener la représentation à une heure, un travail de coupes a été engagé qui ne semble pas dénaturer l’original.

Dans un dispositif carré, représentant une chambre qui tourne verticalement sur elle-même, la comédienne Céline Salette (connue au cinéma et à la télévision) prend le texte à bras le corps, avec énergie et passion mais propose une interprétation qui interroge.

L’accent gouailleur qu’elle adopte au début du spectacle (qu’elle semble abandonner plus tard) la situe d’entrée comme une femme du peuple et dans cette bouche-là le propos trivial direct dégage une sorte de vulgarité qui emprisonne le personnage.

Molly Bloom à travers les propos qu’elle livre sur elle-même ne rejoint-elle pas une image de la femme universelle ?

James Joyce disait d’elle qu’elle était" saine, complète, amorale, amendable, fertilisable, déloyale, engageante, astucieuse, bornée, prudente, indifférente ". Ce flot de qualificatifs ne devait-il pas la faire d’échapper à toute singularité.

La scénographie est astucieuse. Le dispositif tournant paraît tour à tour inutile et nécessaire, selon les moments. Céline Salette connaît ici et là de vrais épisodes de grâce et quelques fulgurance de jeu.

Francis Dubois

Théâtre de la Commune, 2 rue Edouard Poisson 93 304 Aubervilliers

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 33 16 16

www.theatredelacommune.com

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