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Un film de Jean-Paul Civeyrac (France)

"Mon amie Victoria" Sortie en salles le 31 décembre 2014.

Victoria, une petite fille noire d’origine modeste, alors qu’elle n’avait qu’une dizaine d’années, a dû passer une nuit dans un appartement des beaux quartiers de Paris.

Elle n’a jamais oublié le luxe de l’habitation et moins encore, la présence chaleureuse d’Édouard, alors adolescent. Ni le moment où elle s’est endormie contre son épaule.

Devenue adulte, elle a vécu plusieurs années avec Sam dont elle a eu un petit garçon mais Sam qui voyageait beaucoup pour son travail, meurt dans un accident de voiture.

Alors qu’elle se débat seule pour élever son fils, très soutenue moralement pas son amie Fanny, son chemin croise un jour celui de Thomas, le frère d’Édouard, devenu un dilettante bourgeois à la recherche d’un point d’ancrage.

Victoria et Thomas ont une histoire amoureuse éphémère. Lorsque Victoria découvre qu’elle est enceinte, elle décide d’élever seule Marie et de ne rien dévoiler à Thomas de la future naissance. La présence dans sa vie d’un bébé serait une charge trop lourde pour la personne inconsistante qu’il est.

Pourtant lorsque Marie atteint l’âge de six ans, Victoria éprouve le besoin de lui faire connaître son père.

Non seulement Thomas accepte sa paternité avec joie, mais ses parents Elena et Lionel, des théâtreux de gauche, sont ravis de se voir flanqués subitement d’une descendance aussi ravissante et vive que la petite Marie.

Les Staveney qui sont des gens charmants et généreux prennent en charge les week-ends, les vacances et bientôt l’éducation et la scolarité de Marie, dépossédant à chaque fois un peu plus Victoria de son rôle de mère…

Jean-Paul Civeyrac qui est un cinéaste discret mais habitué aux festivals prestigieux (On a vu ses films sélectionnés pour Cannes, Berlin ou Locarno) a adapté pour "Mon amie Victoria " le roman de Doris Lessing, " Victoria et les Staveney ".

Le résultat bientôt visible sur les écrans, est une belle et franche réussite.

Sa façon d’avancer dans ce récit qui pose des sujets d’actualités, se fait à pas de loup avec une grande et belle fluidité, sans rien précipiter

Les différents épisodes couvrent une quinzaine d’années dans la vie d’une jeune femme noire. Elle se montre à la fois secrète et déterminée et remédie à sa tendance à jouer en perdante, avec une détermination farouche à réussir seule l’essentiel de ce qu’elle a à réussir.

Le roman de Doris Lessing parle de la condition des étrangers, et des noirs en particulier, dans les villes occidentales.

Victoria est une sorte de "dormeuse éveillée" qui vit dans les replis de sa "sensibilité intériorisée".

Étrangère aux autres ainsi qu’à elle-même, tout chez elle résonne comme un refus non formulé.

Cinéma : "Mon amie Victoria"

"Mon amie Victoria " n’est pas un film "coup de poing" sur le sujet de la différence de couleur de peau mais un récit qui invite, par le biais d’une histoire émouvante et d’une grande douceur, à avoir une compréhension intime de ce qui se joue entre des personnages qui prennent chacun leur "partition" avec plus ou moins de conscience, de distance et de liberté.

La voix-off qui conduit la narration est celle de Fanny, l’amie fidèle qui, depuis des années écrit un livre sur la vie de Victoria.

La douceur est de rigueur dans sa façon d’observer. Elle est de la même nature que celle qui habite tous les personnages. Édouard d’abord réticent mais qui y viendra. Thomas qui endossera sans réserve son rôle de père tardif. Elena généreuse et digne (toujours parfaite Catherine Mouchet), Lionel Staveney ludique et chaleureux (tout aussi parfait Pascal Gregory),

C’est avec ces mêmes douceur, abnégation et obstination, que Victoria aura édifié sa vie et celle de ses deux enfants qui auraient pu virer au désastre.

Un très, très beau film qui en dit bien plus long que ne l’aurait fait un pamphlet.

Francis Dubois

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