Actualité théâtrale

au Théâtre de l’Epée de Bois

« Mon cœur caresse un espoir » Jusqu’au 25 avril

« Mon cœur caresse un espoir » parcourt les années d’occupation dans une ville de Franche-Comté à partir du journal de Léon Werth, un intellectuel juif ami de Saint-Exupéry, parti en 1940 se réfugier dans sa maison du Jura, et de centaines de documents d’archives.
En faisant ce choix, Valérie Antonijevich n’a pas cherché à satisfaire à la mode du « devoir de mémoire », façon Nicolas Sarkozy, mais nous propose un travail sur la mémoire. Elle exhume des histoires de gens ordinaires confrontés à des problèmes de vie quotidienne et qui s’interrogent sur l’attitude à adopter. Il y a ceux qui très vite refusent d’accepter la situation et que le discours de Pétain ne convainc pas, ceux qui adhèrent aux idées de l’occupant et sont prêts à collaborer et une très grande majorité qui fait le dos rond en attendant que la situation s’éclaircisse.
A travers ces témoignages apparait une diversité de points de vue de gens qui s’interrogent, réfléchissent et réagissent avec passion ou avec crainte. C’est la fragilité des rapports humains, dans une société qui se décompose, qui est mise en évidence avec des attitudes oscillant entre la peur et le courage, entre individualisme et solidarité.
Le plateau dépouillé et peu éclairé évoque la solitude et la fragilité des personnages. Deux panneaux de vêtements suspendus l’encadrent. On pense à « Personnes », installation présentée récemment par Christian Boltanski dans l’exposition Monumenta, mais la signification de ces vêtements est différente. Elle semble renvoyer à tous ces inconnus aujourd’hui disparus et dont on partage les pensées et les émotions. Leur histoire s’inscrit dans la grande à travers la parole de l’Etat, des textes de Pétain, de Darlan, de Ribbentrop ou de Goebbels qui s’affichent en lettres lumineuses sur le fond de la scène. Les acteurs se saisissent de ces vêtements et font revivre des bribes du passé, dans des scènes qui se succèdent à un rythme rapide. La musique, la chorégraphie, le jeu des acteurs créent une atmosphère oppressante, où l’on perçoit derrière le quotidien, les arrestations, la déportation, la torture et les exécutions. C’est un beau travail que nous propose là Valérie Antonijevich, aidée par six comédiens tous très justes.
Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 21h, dimanche à 16h.
Théâtre de l’Epée de Bois
Cartoucherie, Route du Champ de manœuvre, 75020 Paris.
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur
réservation impérative) : 01 48 08 39 74

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