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Un film de Jacques Tati (France 1958) Version restaurée.

"Mon oncle" Sortie en salles le 18 décembre 2013.

Pour ceux qui l’ont vu à sa sortie à la fin des années cinquante, ou dans le cadre d’une rétrospective, "Mon oncle" qui fut la dernière réalisation de Jacques Tati, reste sans doute gravé dans la mémoire comme un bonheur d’humour subtil qui saute aux yeux ou qu’il faut quelquefois, aller dénicher dans un coin de l’image.

Monsieur Hulot est ici le frère de Madame Arpel, un hurluberlu emprunté, gaffeur et dilettante qui fait figure de raté au sein d’une famille qui a réussi.

Monsieur et Madame Arpel représentent la réussite sociale. Tout chez eux est à l’avant-garde du progrès et fonctionne sous la simple pression d’un bouton, le portail, le jet d’eau qu’on met en marche en cas de visite, l’appareil à retourner les steaks ou l’ouverture des hublots de la façade…

Leur villa est neuve, d’architecture futuriste. Madame Arpel est une femme au foyer modèle. Aucun brin de poussière n’échappe à son chiffon, pas plus dans la maison que sur les chromes de la voiture ou les loquets des portes.

On pourrait n’aller voir "Mon oncle" que pour les deux scènes qui ouvrent et clôturent le film : un groupe de cinq, six chiens, des bâtards amateurs de terrains vagues, de poubelles renversées et de réverbères où lever la patte, sont suivis par le chien des Arpel, un teckel saucissonné dans un manteau écossais.

En filmant ces chiens, Jacques Tati filme toute la saveur de la liberté universelle.

C’est cette liberté- là, cette fantaisie, que Gérard, le garçonnet des Arpel savoure auprès de son oncle dans un petit quartier de St Maur où tout le monde se connaît et se retrouve au bistrot du coin.

C’est en comparant ces deux mondes, l’un qui allait aseptiser et déshumaniser nos lendemains, l’autre qui allait doucement disparaître, que Jacques Tati compose son film.

Près de soixante ans plus tard, son cinéma de visionnaire a résisté au temps. Le traitement caricatural des situations, des lieux et des personnages, la légèreté de ses gags, l’a rendu intemporel. Le ridicule, le snobisme sont de tous les temps…

Un chef-d’œuvre à voir ou revoir dans cette superbe version restaurée.

Francis Dubois

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