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Un film de Daniele Cipri (Italie)

"Mon père va me tuer" Sortie en salles le 2 janvier 2013

1970. La famille Ciraulo vit pauvrement dans un des bas quartiers de Palerme.

Nicola, le père, et Loredana, la mère se débrouillent du mieux qu’ils peuvent pour assurer le quotidien de leurs enfants, une fillette d’une douzaine d’années et un fils grand adolescent lymphatique.

Jusqu’au jour où Serenella, leur fille, meurt d’une balle perdue au cours d’un règlement de comptes entre mafieux.

La famille découvre alors qu’il existe un fonds d’indemnisation dont peuvent bénéficier les victimes de la mafia.

La somme importante qu’ils vont percevoir pourrait adoucir leur peine s’ils investissaient dans un nouveau logement au sein d’ un autre quartier, mais après réflexion, le père décide qu’avec le pécule, il achètera une voiture luxueuse qui lui assurera du prestige auprès du voisinage.

Le film de Daniele Cipri est l’adaptation du roman d’un auteur sicilien, Roberto Alajmo, inspiré de faits réels.

L’action, située dans un quartier populaire de Palerme, renoue avec la tragi-comédie qui a marqué le cinéma italien des années 60-70.

Toni Servillo qui joue Nicola, le père, renvoie par la truculence de son interprétation, ses facéties appuyées, aux prestations de l’époque d’Alberto Sordi ou de Toto. La mère, femme éteinte mais efficace, ou les aïeuls, appartiennent également à la catégorie de ces humbles personnages qui ne choisissent pas leur destin mais le subissent avec optimisme et un débordement de vitalité..

On pense aussi à Etore Scola quant aux personnages annexes du récit, à leur volubilité, à l’esprit de solidarité qui règne dans ces milieux populaires, mais aussi à cette rancœur, cette méchanceté que peut engendrer et révéler la misère.

Malgré des épisodes tragiques, la fatalité qui frappe la famille Ciraulo et son entourage, " Mon père va me tuer" est une comédie savoureuse qui repose sur des situations souvent débordantes mais toujours maîtrisées.

La somme d’argent promise par la mafia en retour de la mort de Serenella se fait attendre et cet intervalle permet à la famille, avec la complicité et les conseils du voisinage, de caresser toutes sortes de rêves et d’anticiper aveuglement sur un avenir meilleur.

Le choix de l’acquisition d’une voiture, une fois arrêté, va satisfaire l’honneur du père et le charger de prestige, même si l’usage qu’il va faire du véhicule se limite à tourner en rond dans le périmètre du quartier.

Jusqu’à cette nuit où, poussé par son cousin, un petit malfrat, le fils va subtiliser les clés de la voiture à son père pendant son sommeil, pour une virée jusqu’au centre-ville.

Si "Mon père va me tuer" se déroule dans les années 70, le film traite de thèmes universels qui demeurent très contemporains : les symboles de la richesse, l’hypocrisie, le désespoir de la misère ou l’absence d’avenir pour ces catégories sociales sacrifiées.

Et pour Daniele Cipri, la preuve est faite que rien n’a changé en quarante ans. Ni la difficulté pour de nombreux foyers de joindre les deux bouts, ni les illusions de richesse provoquées par toutes sortes de loteries ou par le leurre engendré par les médias, ni le désir de reconnaissance à n’importe quel prix.

Avec une œuvre de la tenue de " Mon père va me tuer" , le cinéma italien est sur la bonne voie pour renaître.

Il est en train de retrouver ses couleurs !

Francis Dubois

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