Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Alvaro Delgado Aparicio ( Pérou – Allemagne – Norvège)

« Mon père » Sortie en salles le 19 décembre 2018.

Dans les montagnes reculées du Pérou, Segundo un adolescent de quatorze ans, se prépare à suivre son père dans la fabrication de retables représentant des scènes religieuses et des événements du quotidien. Au moment où Segundo prend conscience du poids que représente un tel héritage et où surviennent les questionnements de l’adolescence, il découvre un secret que son père tenait enfoui et qui, une fois révélé, va remettre en question l’édifice de toute la famille et placer Segundo face à un cas de conscience

Cinéma : Mon père

La première partie du film de Alvaro Delgado Aparicio met en place la solide complicité entre un père et son fils, leur passion partagée pour la fabrication des retables et l’enthousiasme que l’un et l’autre mettent à satisfaire les commandes fournies qui permettent à la famille de vivre décemment.

Mais alors que l’avenir semblait tout tracé, un grain de sable vient gripper le mécanisme.

Il s’amorce avec la distance que Segundo met à l’intérieur de la complicité qu’il avait entretenue sans la moindre zone d’ombre avec un père qu’il admire et aime profondément.

Et alors que l’héritage ne faisait pas de doute, l’édifice père-fils commence à se fissurer. Il sera remis en question lorsque le voile se lèvera sur le secret paternel. Et celui-ci sera de taille à précipiter l’effondrement du bloc familial.

Dès lors que le voisinage aura découvert les penchants sexuels du père et l’aura copieusement roué de coups pour cette dérive jugée coupable, les liens déjà distendus dans la relation filiale va interroger Segundo et réduire considérablement l’admiration qu’il nourrissait pour un géniteur que toute le monde destitue désormais de ses droits.

La rupture de ton qu’impose au récit la découverte de l’homosexualité du père crée un déséquilibre dont il se pourrait que le film ait, pour la suite, du mal à se relever.

Car la demi teinte qui donnait au film sa tonalité singulière disparaît brutalement et opère un basculement total.

Du piédestal où Segundo plaçait son père à la chute imprévisible qui se produit, on dirait qu’à être devenu trop anecdotique, le récit perd soudain ses repères.
Le départ définitif de la mère de la maison abandonnant un époux gravement blessé qu’aucun médecin de la région, ne veut soigner, en représailles, le dilemme face auquel se retrouve Segundo plonge « Mon père » dans une coloration narrative mélodramatique qui vire bientôt au drame pur et simple.

Et ce n’est pas le retour de Segundo à la fabrication d’un retable en hommage à son père et, avec ce geste symbolique, une relation réhabilitée en dernier recours, qui parviennent à donner au film une véritable nouvelle tonalité.

Le film aurait gagné à rester dans la demi teinte narrative de son début mais il reste l’impression d’une existence rugueuse, les magnifiques paysages et des comédiens au jeu virtuose.

Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « Lola vers la mer »
    Lorsque Lola, jeune fille transgenre de dix huit ans est sur le point de se faire opérer, que la phase finale de sa transformation est imminente, sa mère qui l’avait toujours soutenue dans sa... Lire la suite (7 décembre)
  • « Les envoûtés »
    La directrice du magazine où Coline n’a jusque là écrit que sur des romans récemment parus lui propose de se charger de la rubrique « Le récit du mois ». Pour cela, elle doit rejoindre dans la maison au... Lire la suite (7 décembre)
  • « Un été à Changsha »
    Dans l’été caniculaire de Changsha, ville située au cœur de la Chine, l’inspecteur Bin enquête sur une drôle d’histoire, la disparition d’un jeune homme dont on a retrouvé le bras sur les bords de la... Lire la suite (3 décembre)
  • « Seules les bêtes »
    Un femme disparaît mystérieusement. Sa voiture est retrouvée abandonnée au bord de la route de montagnes qui conduit à quelques fermes isolées du Causse. Alors que la gendarmerie tente de retrouver... Lire la suite (2 décembre)
  • « It must be heaven »
    Elia Suleiman fuit la Palestine à la recherche d’une nouvelle terre d’accueil avant de réaliser que son pays d’origine le suit comme une ombre. La France d’abord, lui offre le spectacle d’un Paris... Lire la suite (2 décembre)