Actualité théâtrale

Jusqu’au 3 décembre au Lucernaire

« Monsieur Kaïros »

Un écrivain devant son ordinateur travaille à son nouveau roman qui raconte l’histoire d’un médecin humanitaire. Un homme traverse un rideau et apparaît dans la pièce, silencieux. Qui est-il ? Quand il commence à parler, il semble tout connaître du roman en train de s’écrire, du personnage et de ses aventures en Afghanistan. L’auteur pense d’abord à un hacker, mais ce personnage mystérieux connaît aussi la suite, qui ne figure que dans un carnet que l’auteur porte sur lui.

Théâtre : Mr Kairos

C’est à Pirandello, le grand écrivain italien qui disait « Si vous voulez savoir quelque chose de moi … attendez que je pose la question à mes personnages », que Fabio Alessandrini a pensé quand il a écrit la pièce dont il assure aussi la mise en scène. C’est à un débat entre l’écrivain et son personnage que nous assistons. Il arrive que le personnage se rebelle contre son personnage ! Il est certain que le romancier ignore des choses de sa vie et il voudrait aussi qu’il lui crée un passé. Il voudrait qu’il écrive certaines choses sur lui et qu’il en supprime d’autres. C’est là qu’intervient la question du Kaïros, le titre de la pièce, ce Dieu grec de l’occasion opportune qu’il faut saisir par sa touffe de cheveux quand il passe très vite. Le romancier doit choisir ce qu’il veut garder de la vie de son personnage pour le faire vivre, le rendre attachant, faire avancer l’intrigue. Il veut bien parler du médecin obligé d’opérer un tri parmi les blessés qu’il va soigner, mais pas des morceaux de corps entassés dans des caddys de supermarchés. Il reconnaît que se retrouver dans le rôle d’un personnage doit paraître bizarre mais proclame que c’est lui qui a l’autorité et que le personnage n’a qu’à obéir !

Á ce voyage entre réalité et illusion, entre un personnage qui veut exister et un romancier qui se perd, Fabio Alessandrini donne un caractère vertigineux. On s’y plonge avec délice, on n’a pas besoin de s’accrocher, on se laisse emporter dans ce labyrinthe, on rit, on réfléchit, c’est vivant. La pièce est surtout portée par deux acteurs remarquables, deux faux jumeaux, même stature, même corpulence et chauves tous deux. Fabio Alessandrini est le romancier qui s’interroge, essaie de comprendre et se rebelle contre les velléités d’indépendance de son personnage. Yann Collette donne à celui-ci de la douceur, du mystère et parfois une colère contenue. Il apparaît comme une ombre, affirme de plus en plus sa présence et son existence avant de disparaître à la fin, laissant l’écrivain devant son ordinateur. Leur dialogue est bourré de rebondissements, de mystères, de remarques fines où le drame côtoie la comédie. C’est intelligent, passionnant, drôle souvent et c’est l’occasion d’admirer deux merveilleux acteurs.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 21h

Théâtre du Lucernaire

53 rue Notre Dame des Champs, 75006 PARIS

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 44 57 34

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • Sortie de confinement pour le spectacle vivant ?
    Les salles de théâtre veulent rouvrir, les spectacles veulent reprendre. Les artistes veulent garder leur lien avec le public. Pendant le confinement, la Comédie Française, l’Odéon et bien... Lire la suite (4 juin)
  • Les Molières le 23 juin
    La cérémonie des Molières est maintenue, dans le respect des règles sanitaires, et sera diffusée en prime time le 23 juin sur France 2. Elle rappelle, en ces temps où l’avenir est encore incertain et... Lire la suite (25 mai)
  • La Comédie-Française lance La Comédie continue !
    COMMUNIQUÉ DE PRESSE > vendredi 27 mars 2020 > La Comédie continue ! > Tel est le nom de la première chaîne en ligne de la Comédie-Française. > À partir du lundi 30 mars 2020 à 16h, plusieurs levers... Lire la suite (31 mars)
  • « Sois un homme »
    Qu’est-ce qu’être une femme ? La question a beaucoup interrogé écrivain.e.s et philosophes depuis déjà un certain temps. Mais s’agissant des hommes, elle apparaît plus originale tant des siècles de... Lire la suite (17 mars)
  • « Illusions perdues »
    Après ses brillantes adaptations d’Homère ( Iliade puis Odyssée ) et de Chanson douce de Leïla Slimani, Pauline Bayle s’est lancé dans l’adaptation du roman de Balzac. C’est au fonctionnement du... Lire la suite (17 mars)