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Un film de Philippe Falardeau

"Monsieur Lazhar" Sortie en salles le 5 septembre 2012

Quel message a voulu laisser l’institutrice en se suicidant par pendaison dans sa propre salle de classe, sachant, en commettant son acte, que ce sont les enfants et peut-être bien le jeune Simon, qui feraient la macabre découverte ?

Qui est en réalité Bachir Lazhar qui, avant même que toute annonce de recrutement soit lancée, se présente pour remplacer au pied levé, l’institutrice disparue ?

D’origine, algérienne, cet homme qui a fait des démarches pour que soit officialisé son statut de réfugié politique, affirme qu’il a enseigné pendant plusieurs années dans son pays.

Il est recruté par la directrice (d’école privée) et avec beaucoup de doigté et de bon sens, s’impose auprès des élèves, de leurs familles, de ses collègues et de l’administration. Pendant que les enfants amorcent un lent processus de guérison, il s’attache à eux et tente de combler le fossé culturel entre lui et son pays d’adoption, qui s’est manifesté dès le premier jour.

Mais derrière les apparences se cachent les vrais éléments du drame et derrière l’attitude joviale et exemplaire de monsieur Lazhar un personnage complexe et une vérité à découvrir…

Le sujet du film –on pourrait dire, les sujets du film- reposant à la fois sur le mystère autour du suicide d’une enseignante, sur les problèmes de l’immigration, sur l’angélisme d’un récit touchant au dangereux sujet d’une pédagogie spontanée, laissait présager le pire, un film baignant dans les clichés et les bons sentiments.

Il n’en est rien et Philippe Falardeau évite tous les écueils en faisant, de quelque côté qu’il aille, les bons choix. Une construction narrative solide lui permet d’aborder les problèmes soulevés par le sujet de façon frontale, faisant fi des toutes les précautions tentantes qui auraient alourdi le propos ou l’aurait détourné de l’essentiel.

Un casting impeccable dont il tire, avec une direction d’acteurs magistrale, le meilleur, notamment avec les enfants. Des personnages secondaires qu’il charge à égalité avec les autres, de véhiculer son discours et de produire l’humour, la drôlerie, la tonicité qui étaient indispensables à l’équilibre et à la véracité du récit.

En accumulant les atouts, Philippe Falardeau réussit un récit plein d’émotion, hors de toute mièvrerie, de tout épanchement, auquel une certaine rugosité narrative donne une tenue, une consistance, qui conduisent au ton juste.

Il fallait beaucoup de talent au réalisateur pour éviter les écueils, beaucoup de talent et de présence aux deux jeunes comédiens pour être aussi convaincants.

Fellag interprète Bachir Lazhar avec justesse, mêlant à une nature sensible et blessée la rigueur du pédagogue. Le personnage repose sur son immuable capacité au bons sens, un comportement égal qui laisse quelquefois paraître en arrière-plan, une douleur diffuse liée au souvenir, et à ce qui, dans le passé, a provoqué chez lui, des fêlures irréparables.

Francis Dubois

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