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Un film de Jaco Van Dormael (France-Allemagne-Belgique)

"Mr Nobody" Sortie en salles le 13 janvier

Sur le quai d’une gare, un enfant hésite entre monter à bord du train où sa mère a pris place ou rester avec son père. Le choix qu’il fera va ouvrir sur une multitude de vies possibles.
« Mr Nobody » est le troisième long métrage que Jaco Van Dormael aura réalisé en vingt ans. Avec « Toto le héros », il avait remporté de nombreux prix dont la caméra d’or à Cannes en 1991 ainsi que le César du meilleur film étranger . « Le huitième jour » avait valu entre autres récompenses, un double prix d’interprétation masculine à ses interprètes à Cannes en 1996.

Si on l’interroge sur le long silence de treize années qui a suivi, le cinéaste répond qu’il les a consacrées à l’écriture de son dernier film. Autour du thème des choix, parfois anodins, qui déterminent une vie selon qu’ils engagent sur une voie ou sur une autre, Jaco Van Dormael à construit des histoires qui ont chacune la fragilité de l’éphémère, la vraisemblance du destin livré aux circonstances. Nos existences sont-elles sans cesse exposées, livrées au gré de nos choix, à la complexité de l’aléatoire. Qu’est-ce qui a fait que notre vie est ce qu’elle est ? Une multitude de petites connections dont nous n’avons pas forcément eu conscience ont peut-être décidé pour nous et il aurait suffi qu’à un moment donné, un léger décalage, des événements se produisent pour que notre existence soit autre, peuplée de gens qui nous sont aujourd’hui inconnus et que nous ne rencontrerons jamais.
Un choix n’engage pas seulement sur deux seules options possibles. Un choix est une sorte d’arborescence et c’est ce gouffre, tout un foisonnement de rencontres et de destins croisés qu’a voulu montrer Jaco Van Dormael. Mais la démarche de son film ne fonctionne pas seulement sur cette complexité. Il a voulu également faire se croiser le regard d’un enfant sur son avenir et celui d’un vieillard sur son passé.
Dès lors, Van Dormael conduit son film comme on dirige une polyphonie. Chacune des vies possibles est racontée de front et dans la foulée des autres. Trois femmes entrent dans son jeu narratif. Anna est celle qui aime et qui est aimée. Elise, celle que Némo aime sans être totalement payé de retour et Jeanne celle qui aime et que Némo n’aime pas totalement. La rencontre harmonieuse est livrée à l’absence alors que les deux autres sont livrées au quotidien et à la non réciprocité des sentiments.

Mais la complexité de la recherche de Van Dormael ne s’arrête pas là. Elle aborde également la reconstitution du futur. On pourrait craindre qu’une telle complexité narrative n’encombre le motif de son film. Le jeu des éventualités déborde les limites habituelles et c’est pour notre plus grand plaisir de spectateur.
Francis Dubois

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