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Un film de Jeff Nichols (États-Unis)

"Mud" Sortie en salles le 1er mai 2013

Ellis et Neckbone ont 14 ans. Ils connaissent les rives du Mississipi et ses îles comme leur poche à force que les parcourir en bateau à moteur ou sur la vieille moto de Neckbone.

Au cours d’une de leurs escapades quotidiennes, ils découvrent l’existence d’un homme qui vit dans un bateau perché dans les arbres. C’est Mud : un visage buriné d’aventurier, un serpent tatoué sur le bras, inséparable de sa chemise blanche porte-bonheur.

Très vite, ils s’apprivoisent mutuellement et lorsqu’ Ellis qui vit très mal la discorde de ses parents, découvre que Mud est un homme qui croit en l’amour, qui n’a d’autre objectif que celui de réparer un bateau et de fuir avec la femme qu’il aime, il décide de l’aider dans son entreprise.

Mais par ailleurs, l’opacité du personnage de Mud trouble les deux garçons chaque jour un peu plus. Comment faire la part du vrai et du faux dans ce que raconte Mud ?

A-t-il comme il le prétend, vraiment tué un homme ? Est-il poursuivi par la justice ? A-t-il des chasseurs de primes à ses trousses ?

Et qui est cette fille mystérieuse qui vient de débarquer dans leur petite ville de l’Arkansas ?

On ne sait dire qui, du Mississipi, du personnage de Mud ou de celui d’Ellis est l’élément pivot du récit du film de Jeff Nichols. La fluidité du film épouse le cours lent et sinueux du fleuve. Elle rejoint à la fois la limpidité et l’innocence des personnages des deux adolescents mais elle laisse entrapercevoir ce que le fleuve recèle de mystères et de zones d’ombres, rejoignant en cela Mud, personnage à facettes dont le comportement le rend tour à tour énigmatique, peut-être calculateur mais toujours à hauteur des adolescents.

Ellis est le pendant en négatif de Mud. Derrière une innocence bien réelle se dissimulent les signes avant-coureurs d’une maturité que les événements qui se font suite vont précipiter.

La vie de l’adolescent va se trouver transformée par la prochaine séparation de ses parents et par la démolition de l’habitation qui ne tenait plus qu’à leur présence. Celle de Mud par la trahison de la femme qu’il aime et par un dénouement qui pourrait bien ne pas jouer en sa faveur.

Le film de Jeff Nichols fonctionne sur le principe de la non-réciprocité amoureuse vue non pas de façon négative mais comme un tremplin, comme l’occasion pour en sortir intact, voire même transcendé. C’est une œuvre âpre qui bénéficie d’une générosité et d’autant de douceur.

Mud est pour les deux adolescents la rencontre qu’on rêve de faire à cet âge. Mud est, en plus de l’image de l’aventurier, une sorte de pédagogue universel servant à la fois l’exemple et le contre-exemple, menteur et pourtant détenteur d’une sorte de vérité universelle.

Un beau film magistralement construit et interprété dans lequel il faut se laisser porter comme le canot à moteur des enfants quand il glisse sur les eaux du Mississipi.

Quand le cinéma américain retrouve ce qu’il a de meilleur !

Francis Dubois

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