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Un film de Joël Séria (France)

"Mumu" Sortie en salles le 24 mars

On ne peut que se féliciter du retour à la réalisation cinéma de Joël Séria après vingt ans d’absence. Son premier film, "Ne nous délivrez pas du mal", qu’il écrit, produit et réalise en 1970, tombe sous le coup de la censure, d’une interdiction totale, à cause des "ferments de destruction morale et mentale qui y sont contenus". Le fait qu’il figure au dernier moment sur la liste de la sélection de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 1971 permet la levée de l’interdiction et la sortie du film en salles. Joël Séria réalisera par la suite quatre longs métrages, des comédies au ton très personnel qui connurent pour certains d’entre eux, un gros succès public et que la critique salua. On se souvient de "Charlie et ses deux nénettes", des "Galettes de Pont-Aven" avec Jean-Pierre Marielle et Jeanne Goupil, de "Marie-Poupée" ou des "Deux crocodiles" avec Jean Carmet.
Voilà Joël Séria de retour avec la réalisation d’un projet qu’il tenait au chaud depuis une vingtaine d’années, largement autobiographique, lié aux années qu’il passa enfant dans une petite école de village où l’on accueillait les fortes têtes.

© Gebeka Films

1947, deux années après la fin de la guerre, les cartes d’alimentation sont encore en vigueur et l’école privée catholique fonctionne à la baguette. Celle où le jeune garçon rencontra Mumu, une institutrice fouettarde, soupe au lait mais tendre, est dirigée par un ecclésiastique mollasson secondé par un pion colérique à qui les enfants en font voir de toutes les couleurs.
Joël Séria met tout son cœur dans la reconstitution de ses années d’école et y apparaît bien toute la tendresse et l’immense reconnaissance qu’il porte à Mademoiselle Muller, dite Mumu, la seule à cette époque à lui avoir témoigné un peu d’amitié et un réel intérêt.
Mais n’y avait-il pas moyen, tout en restant fidèle au souvenir, d’éviter un certain nombre de clichés qui réduisent la portée de la reconstitution et nuisent aux bonnes idées qui ne manquent pourtant pas. N’y a-t-il pas moyen de faire de l’incontournable pion autre chose que ce pantin malmené par les potaches, de la mère du meilleur copain autre chose qu’une gravure de mode désirable qui roule en conduite intérieure de luxe, du père du gamin autre chose qu’un homme injuste et colérique qui souffre des séquelles de la dernière guerre ?
Bien qu’assaillie de toutes part par les mêmes clichés, Mademoiselle Mumu y échappe. Cette femme seule, hystérique et tendre, obsédée par les accords des participes, les tables de multiplication et les dates d’Histoire et qui va, une fois par semaine rendre visite en tout bien tout honneur, à un colonel aveugle mélomane dont elle est amoureuse en secret, est magnifiquement interprétée par une Sylvie Testud qui porte avec dignité, les chapeaux à plumes d’aigrette de l’époque.
Dommage que Joël Séria ait laissé de côté la truculence et l’insolence des films qui firent son succès. "Mumu" aurait sans doute gagné à être plus espiègle mais il y a tant de tendresse dans tout ça…
Francis Dubois

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