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Un film de Sandra Kogut (Brésil-France) d’après {"Hautes Plaines"}de Joäo Guimaràes Rosa

"Mutum" sortie en salles le 7 janvier

Mutum est un endroit perdu du Sertao, région montagneuse du centre du Brésil. C’est là que vit Thiago et sa famille. Le jeune garçon qui a pour seul ami son frère Felipe, est un rêveur. Il ne cesse de poser sur le monde qui l’entoure et plus particulièrement, celui des adultes, un regard curieux et interrogateur.

Le père, un homme âpre à la tâche, a du mal à faire vivre sa famille en cultivant sa terre aride. De nature violente, il malmène Thiago en qui il ne se reconnaît pas. La mère qui paraît être en décalage avec le monde paysan, a été courtisée par l’oncle qui, pour ce motif, s’est exilé.
Mais Felipe meurt et alors que Thiago est parti, engagé comme vacher, le père, au cours d’une bagarre, tue accidentellement un homme et doit quitter le village.
De retour cher lui, Thiago voit un jour arriver deux chasseurs. L’un est médecin. Il détecte chez l’enfant une importante myopie. L’homme propose à la mère d’emmener Thiago avec lui à la ville où il pourra être scolarisé et soigné…
Mutum signifie muet. Le film ne l’est pas, quoique peu bavard. Mais il est muet sur les événements essentiels de la narration comme la mort de Felipe ou le crime que commet le père. Il s’attache surtout aux moment creux du récit : le quotidien répétitif du village, Thiago allant porter chaque jour à son père son repas dans les champs, les jeux poussiéreux des enfants, le travail des femmes. Quotidien que vient parfois relever un événement minuscule comme la poursuite du perroquet échappé de sa cage, la cuisson de grains de maïs où tous se trouvent réunis pour un moment de joie et de plaisir collectif.
Le film agit avec discrétion et pudeur. Il agit à la manière des gens de la terre, habitués à une existence rude, économes en mots et sachant garder un secret. Il ne livre ses nœuds dramatiques que par à-coups, avec parcimonie et c’est dans cette rudesse, cette économie narratives au bout desquelles apparaît le message, que l’œuvre prend force et intensité.
L’explication du regard si tenace que Thiago porte sur son entourage était-elle la myopie que détecte le médecin ou cette curiosité que montre le garçon et qui pouvait révéler une intelligence restée en friche et qui ne demande qu’à éclore.
Guéri de son anomalie visuelle et mieux ouvert au monde, que deviendra Thiago ?
Si "Mutum" n’est pas le premier film sur le regard qu’un enfant porte sur le monde des adultes, s’il n’est pas le premier non plus à décrire les signes d’une frustration intellectuelle due au milieu social, il est, par son extrême pudeur, par sa construction simple, par la beauté contenue de ses paysages, la qualité de l’interprétation, l’expression frémissante de la fatalité qui fige l’existence terne d’un monde qui n’a d’autre choix que de s’en contenter.
Francis Dubois

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