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Un film de Eva Ionesco (France)

"My little Princesse" Sortie en salles le 29 juin 2011

Tout laisse à penser que Hanah, artiste fantasque en quête de notoriété, ne s’est jamais occupée de sa fille. C’est Marie, la grand mère très âgée, venue de Roumanie, qui élève Violetta.
Malgré l’absence, les passages en coups de vent, les comportements excentriques, la fillette voue à cette mère épisodique, amour et admiration.
Les choses vont comme elles vont jusqu’au jour où Hanah se rend compte des qualités photogéniques de sa fille et en fait son modèle privilégié.
Dès lors, Violetta qui vivait sagement dans la giron de l’aïeule, se transforme au gré des séances de poses en une poupée vaporeuse, avant de devenir l’égérie du milieu branché parisien.

Eva Ionesco, comédienne formée à l’Ecole des Amandiers de Nanterre où elle fut l’élève de Patrice Chéreau, écrivit il y a une dizaine d’années la première mouture d’un scénario qui reposait sur l’histoire de sa propre enfance. Car, dès l’âge de quatre ans, celle-ci servit de modèle à sa mère, photographe qui défraya la chronique.
Mais il fallait, pour une adaptation à l’écran où elle pose dans les tenues les plus légères, dans des poses lascives dignes des stars hollywoodiennes, modifier l’âge de la fillette.
Ici, Violetta peut avoir une petite douzaine d’années et Eva Ionesco réussit, sans faire de concession au scabreux et à la morale, à réaliser un film d’une étonnante pudeur.
Cette pudeur qui résiste jusque dans les scènes les plus osées où la fillette s’exhibe maquillée, vêtue de boas, de sous vêtements de dentelles et chaussée de talons aiguilles, tient à l’habileté avec laquelle la cinéaste traite les rapports d’intime complicité, la souplesse qu’elle installe d’entrée de jeu entre la mère et la fille.
Cette pudeur naît justement de l’impudeur. La fillette reste d’un étonnante pureté dans des décors de lupanar, affublée et grimée comme une prostituée. Et quand vers la fin du récit, les représentants de la morale interviennent, et retirent la fille à sa mère au nom de la règle et de la protection de l’enfance, on en serait presque à s’insurger…
Isabelle Huppert, dont le jeu à la fois puissant et subtil fait ici une fois de plus merveille, et dont le talent ne laisse pas toujours beaucoup de place à ses partenaires, a fort à faire, cette fois-ci, face à cette fillette au rayonnement formidable.
Mais encore une fois, le film fonctionne sur cette douce confrontation.
Il est probable que le film relancera le débat sur la pédopornographie, sur les limites de l’art et sur la marge de transgression qu’autorise un matériau autobiographique.
Francis Dubois

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