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Un film de Karan Johar (Inde)

"My name is Khan" Sortie en salles le 26 mai

Rizvan Khan est un musulman né en Inde. Atteint d’une forme d’autisme, son comportement peut être assimilé à celui d’un débile léger. Or, c’est un garçon dont la grande intelligence se vérifie dans tous les domaines. Lorsqu’il tombe amoureux de la belle Mandira, mère célibataire indoue, on ne donne pas cher des chances qu’il a de la séduire. Pourtant, sensible aux qualités humaines du garçon, elle finit par accepter de l’épouser. Le couple part alors vivre à San-Francisco. Les attentats du 11 septembre vont sonner le glas de la vie jusque là harmonieuse du couple. Dans la paranoïa ambiante qui suit la destruction des tours jumelles, Khan devient suspect en tant que musulman et à cause de ses convictions religieuses, le fils de Mandira est rejeté par ses camarades jusqu’au moment où un simple conflit entre adolescents vire au drame. Rendu responsable de la mort du jeune garçon, Khan fait à son épouse qui le rejette, le serment d’aller à la rencontre du Président des Etats Unis pour clamer et revendiquer auprès de lui, son innocence.
"My name is Khan" procède par étapes narratives distinctes représentant chacune une sorte de petit film autonome qui pourrait se suffire dramatiquement à lui-même grâce, essentiellement à la force du personnage principal. Rizvan Khan apparaît d’abord enfant comme un garçon "différent" que son handicap a placé sur un rail chaotique qui restera longtemps une ligne obligée, la seule dont il pourra faire usage. Il connaîtra très tôt l’image que le regard des autres, condescendant, interrogateur ou malveillant lui renvoient et il sait aussi qu’il devra faire ses preuves pour réajuster les choses en attendant qu’elles se rectifient d’elles-mêmes.
Les mêmes passages obligés, il les vivra au moment de sa rencontre avec Mandira, épisode où certitude et volonté lui permettront de franchir les obstacles. Son intelligence, sa valeur, ses qualités nombreuses humaines et physiques sont cachées sous une apparence hors normalité, peu favorable. Mandira saura les déceler et imposer autour d’elle un fiancé puis un mari dont le comportement intrigue ou dérange.
C’est peut-être dans la façon d’exprimer ses sentiments, lorsqu’il est confronté au bonheur ou au drame que Rizvan Khan est le plus démuni. Il est difficile de savoir si cette difficulté à montrer ses sentiments est le fait d’un esprit positif qui fait instantanément la part des choses, si c’est la conséquence de sa maladie ou l’effet d’une pudeur naturelle.
La seconde partie du film qui commence avec la mort de l’enfant se poursuit par la traversée des Etats-Unis. L’espoir pour Rizvan Khan de pouvoir tenir la promesse faite à Mandira de rencontrer le Président donne un autre éclairage et une dimension plus lyrique au personnage. Rizvan Khan y déploie d’autres qualités, une obstination et une envergure humaine qui finiront par le hisser au rang de héros.
Karan Johar renoue avec le cinéma romanesque même si une exigence narrative retenue tient à distance le mécanisme des films indiens traditionnels. Le personnage de Khan représentait un gros risque. Or, le portrait qu’il en donne, tout en nuances et délicatesse, comme un être soucieux de droiture et de justice, jamais moralisateur ni teinté de misérabilisme, reste d’une totale crédibilité même dans ses débordements et dans ses démarches les plus décalées.
Francis Dubois

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