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Un film de Montxo Armendariz (Espagne)

"N’aie pas peur" Sortie en salles le 31 octobre 2012

Sylvia est une jeune femme de vingt-cinq ans qui porte un lourd secret au profond d’elle.

Son père, sans doute par un excès d’amour, a eu envers elle, depuis qu’elle était une petite fille, des gestes amoureux qui ont fait qu’il a été son premier et pendant longtemps, son seul amant.

Lorsqu’adolescente, elle a voulu se confier à sa mère, celle-ci a refusé de prendre en compte ce qu’elle considérait comme des affabulations.

Prise en étau par son secret obsédant, Sylvia a vécu longtemps, chaque jour, les séquelles physiques et psychologiques de cette relation.

"N’aie pas peur" restitue le long travail de reconstruction de cette jeune femme qui va progressivement apprendre à dominer ses émotions, ses peurs, pour finir par accéder pour la première fois de sa vie, après un long combat qu’elle aura mené seule, à l’estime de soi.

Le film se présente comme l’autopsie d’un de ces cas d’abus sexuels qui se banalisent au fil du temps qui, non seulement plongent dans un déséquilibre dangereux, mais réduit la victime à la solitude, à la culpabilité et la conduit à un état de dépression latent et au dégoût de soi.

Les seuls moyens d’échapper ponctuellement à ces moments d’attouchements qui se transforment au fil des années en une relation amoureuse, est d’espacer le plus possible les possibilités de rencontres.

Ainsi Sylvia, pour retarder le moment de rentrer chez elle et de se retrouver face à son père, se mettra à fréquenter des bars et des salles de jeu, à déambuler dans les rues sans mesurer les autres dangers qui la guettent, pas plus que les risques d’addiction qui sont pour elle une autre menace.

Mais ce souci d’échapper aux moments de tête à tête avec son père va se trouver confronté plus tard à un autre constat : la révélation d’une dépendance vis-à-vis de lui, tenant à la fois au désir et à la tendresse filiale.

Ce sera le dernier obstacle à franchir pour parvenir à la libération mais ce sera pour la jeune femme, une autre souffrance.

Il lui faudra, pour se libérer, faire le constat que la vie est ailleurs, que des personnes qui l’entouraient, dont elle ne supportait pas le contact, avaient des capacités salvatrices.

Montxo Armendariz, grâce à une caméra pudique, évite le premier écueil qui menaçait le récit. Les scènes d’attouchements échappent à toute complaisance. Elles sont à peine suggérées et le plus souvent, se déroulent hors champ.

Et si, murée dans le silence, Sylvia souffre et voit sa vie réduite à l’isolement, à aucun moment le récit n’est dans l’apitoiement.

Le combat qu’elle conduit reste la ligne directrice de sa vie et cette détermination permet dans les pires moments de récidive, ou dans ceux où l’addiction au jeu la menace, de traverser les épreuves, conduite par une certitude positive.

Le récit reste calqué sur la personnalité de Sylvia. Il est à son image, dans la discrétion, dans la demi-teinte et il s’éclaire au moment où la jeune femme sort la tête hors de l’eau. Il fallait, pour que le combat soit gagné, passer par d’incontournables épreuves.

Francis Dubois

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