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Un film de Janna Issabaeva (Kazakhstan).

"Naguima" Sortie en salles le 26 novembre 2014.

Au Kasakhstan, aujourd’hui.

Naguima et Ania qui ont été élevées dans le même orphelinat dont elles viennent de sortir, partagent une chambre dans un quartier-dortoir d’Almaty.

Naguima travaille dans la cuisine d’un restaurant pendant qu’Ania qui est au huitième mois d’une grossesse difficile, reste alitée.

Les deux jeunes filles n’ont pas de papiers d’identité et encore moins de couverture sociale.

Lorsqu’Ania meurt en couches, son bébé est placé dans un orphelinat.

La perte de celle qu’elle considérait comme sa sœur met Naguima à terre jusqu’au jour où elle décide de retrouver sa mère biologique dont on lui a donné l’adresse à sa sortie de prison.

Quand sa mère la rejette, Naguima à la recherche d’amour et d’une famille se retourne vers le bébé d’Ania qu’elle veut adopter.

L’adoption s’avérant impossible, elle enlève l’enfant mais, faute de pouvoir le prendre en charge, elle réalise qu’elle va devoir le ramener à l’orphelinat.

Cinéma : Naguima

Naguima est le cruel portrait d’une jeune fille qui, pour avoir vécu jusqu’à dix-huit ans dans un orphelinat, se trouve complètement inadaptée à une société qui la refuse et la met constamment sur la touche.

Elle ne voit aucune issue à la misère économique et affective dans laquelle elle se trouve, plus encore après la mort de son amie.

Un sursaut en faveur de la vie va l’amener à faire plusieurs démarches.

Les séquences correspondant à cette volonté donnent lieu à des moments pathétiques mais jamais larmoyants.

La misère détruit-elle aussi l’émotion ?

Au jeune épicier qui, parfois la dépanne ou lui fait crédit, elle demande une déclaration d’amour factice et s’en contente.

A sa mère biologique qui la repousse prétextant qu’elle lui a déjà gâché la vie à sa naissance, elle n’oppose aucune résistance.

Face à la responsable de la crèche de l’orphelinat qui lui a permis de voir la petite fille d’Ania, elle fait preuve d’une naïveté désarmante. Mais sa détermination souterraine et profonde lui fera commettre un acte inconscient.

L’austérité du film construit en longs plans séquences reflète l’état de misère et de détresse où se trouve le personnage de Naguima, sa marge d’action réduite, la grande sécheresse de son univers et l’absence de la moindre perspective d’avenir.

Les actions qu’elle est amenée à commettre, depuis le moment où elle mendie un geste de fausse tendresse jusqu’à la cruelle décision finale semblent lui avoir été dictées par une sorte d’instinct primaire, faute de pouvoir agir raisonnablement.

Janna Issabaeva réalise avec " Naguima" une œuvre puissante sur les limites extrêmes de la solitude humaine, sur ces êtres que la vie, depuis le tout début les a marqués au fer rouge de la détresse et du sacrifice.

Francis Dubois

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