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Un film de Nicolas Philibert (France)

"Nenette" Sortie en salles le 31 mars

Nenette est une femelle orang-outan. Elle est la représentante d’une espèce au bord de l’extinction à cause du braconnage de ces vingt dernières années mais elle a l’autre particularité, plus réjouissante celle-là, d’être la plus connue de tous les pensionnaires de la Ménagerie du Jardin des Plantes, l’un des plus vieux zoos du monde.
Née dans les forêts de Bornéo, Nénette qui a débarqué à Paris en juin 1972, à l’âge de 3 ans est, à quarante ans, la doyenne des orang-outan puisque, en milieu naturel, ces singes dépassent rarement l’âge de trente cinq ans.
Elle a eu trois compagnons et a donné naissance à quatre petits. L’un d’eux Tubo, né en 1994 vit à ses côtés. Deux autres ont été transférés à l’étranger dans le cadre d’un échange européen. Quant à son dernier, Dayou, il a succombé à un arrêt cardiaque en 2007, à l’âge de huit ans. Deux autres orang-outan comptent parmi les pensionnaires du Jardin de Plantes, Théodora et sa fille Tamü, arrivées en 2007 en provenance d’un Zoo de Grande-Bretagne.
Nicolas Philibert est un documentariste prolifique et éclectique. Après avoir été l’assistant des cinéastes René Alio, Alain Tanner ou Claude Goretta, il co réalise avec Gérard Mordillat en 1978, un premier documentaire, "La voix de son maître" dans lequel des chefs d’entreprises ou des responsables de grands groupes industriels parlent du pouvoir, de la hiérarchie, de l’ordre, des grèves et des syndicats.
Plus tard, ce sera "La ville Louvre" sur le quotidien fourmillant du célèbre musée, "Le pays des sourds", "Un animal, des animaux" pour ne citer que ceux-là et le fameux "Etre et avoir", un documentaire sur une classe unique à la campagne, dont le succès en salles a pu se mesurer à celui de très grosses productions.
"Nenette" est né au hasard d’une visite que Nicolas Philibert fit au Zoo du Jardin des Plantes. Alors que les visiteurs rivalisaient de commentaires à propos des singes, il remarqua la placide Nenette et, à mieux l’observer, fit le constat que, sous ses airs indifférents, elle ne perdait pas une miette du spectacle que lui offraient les humains.
Son idée fut au début, de réaliser un court métrage d’une quinzaine de minutes mais le tournage dura des jours et il en résulte aujourd’hui un film d’une heure dix.
Nenette qui partage la même cage que les trois autres orang-outan a emporté la sympathie du réalisateur. Son comportement peu exubérant, sa façon de se tenir en retrait, la qualité de son observation, le fait qu’elle ne vienne jamais avec les autres quémander auprès des visiteurs, ont fait qu’elle fut choisie pour devenir le "personnage central" du film.
Cette présence lointaine, en apparence indifférente lui conférait une sorte d’aura et les 600 000 personnes qui passent devant sa cage chaque année, en font, en la filmant, en la photographiant, en multipliant les commentaires à son sujet, une sorte de star. Il paraissait du coup normal qu’elle devienne une vedette de cinéma.
Nenette est filmée de façon frontale à travers la vitre de sa cage mais le film de Nicolas Philibert repose aussi sur l’observation des observateurs, sur les réflexions que la souveraine présence que la guenon suscite. Si on admire son adresse ou l’éclat de son pelage, les échanges des visiteurs s’égarent parfois en considérations philosophiques, en comparaisons avec l’humain, en dialogues avec l’animal.
"Nenette" est bien plus qu’un film animalier. C’est un film tendre sur le regard et sur la représentation.
Francis Dubois

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