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Un film de Homeida Behi (France)

"Nesma" Sortie en salles le 18 décembre 2013

La Tunisie vient de connaître sa révolution.

Youcef, un tunisien et Claire sa femme française, un couple d’agents immobiliers, se sont spécialisés dans la vente et la location de villas de luxe.

Pour l’instant, ils font visiter "Nesma" une grande demeure moderne aux vastes pièces lumineuses, avec piscine et jardin.

C’est un couple harmonieux et sans histoires jusqu’au jour où Youcef apprend qu’un homme usurpe son identité et puise dans ses comptes bancaires.

Dès lors tout bascule et la grande villa sera le théâtre de sombres événements.

Homeida Behi trace toutes les lignes d’une réalité politique sans jamais aborder le sujet de façon frontale, mais en traitant son récit comme un thriller introduisant, par touches légères, une impression de danger permanent, et avec en toile de fond, à peine voilée, l’obscurité de la corruption. Une sorte de menace pernicieuse qui s’insinue dans les séquences les plus anodines et que viennent renforcer les températures caniculaires du mois d’août à Tunis.

Avec "Nesma" il réalise une sorte d’arrêt sur images à un moment charnière où le pays, sorti d’une dictature, voit poindre les signes de nouvelles corruptions, peut-être déjà annonciateurs d’une autre dictature.

Le couple mixte qui mène (et a sans doute mené au cours de la dictature) une vie sans histoire, confortable, représentent cette couche de la société saisie par le doute, une génération pour laquelle le changement vient trop tard.

Youcef lui, n’est déjà plus dans la pleine vie. Il ne l’était pas avant la révolution. Il ne l’est pas plus après car, au moment où il croyait avoir atteint une certaine liberté, il se retrouve pris dans un engrenage machiavélique, avec un cadavre dans le jardin.

Les enfants, quant à eux, représentent l’avenir du pays. L’adolescente du film est dans la vie. Elle goûte pleinement ce qui lui arrive.

Son jeune frère qui la regarde transgresser la règle se retrouve à travers elle, entraîné également vers la vie, vers la lumière.

Alors que leurs parents demandent sans cesse de fermer les volets (est-ce seulement pour se protéger de la chaleur ?), de se terrer dans leur chambre, eux recherchent la pleine clarté, le soleil.

Aujourd’hui, en Tunisie, tout le monde "a un cadavre dans son jardin" affirme Homeida Behi, sauf les enfants qui sont tournés vers l’avenir et en qui se loge l’espoir.

Homeida Behi ne croit pas au cinéma "politique". Il réalise pourtant un film éminemment engagé, derrière un récit à la fois direct et masqué par une construction tout en touches légères et inquiétantes, constitué de scènes courtes, parfois franchement tronquées, qui ne révèlent la réalité que de façon parcellaire.

Si le thriller tient en haleine, c’est pourtant l’autopsie d’un pays pris dans un remous qui prédomine.

Un premier film. Une belle réussite.

Francis Dubois

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