Actualité théâtrale

Au Lucernaire, jusqu’au 7 décembre 2014

"Ni Dieu, Ni Diable" Grand prix du Théâtre 13 / Jeunes metteurs en scène 2014

Cette création a bien mérité le Prix du Jury et le Coup de cœur des Chroniqueurs théâtre, décernés en juin au Théâtre 13, après quelques représentations des 6 meilleurs projets retenus, parmi les près de 80 candidatures, par le Jury de présélection présidé en 2014 par François RANCILLAC (directeur du théâtre de l’Aquarium) et associant le ou la principale lauréat(e) de l’année précédente aux côtés de professionnels reconnus [1] : voir notre présentation de ce 9ème festival dédié aux jeunes metteurs en scène, ayant entre 25 et 35 ans et dont les spectacles doivent comporter un minimum de 6 comédiens, qui constitue pour les sélectionnés un encouragement et un tremplin inespérés, un soutien très rare ainsi que nous l’évoquons aussi dans l’US-MAGazine de ce mois de novembre.

" Ni Dieu, Ni Diable ", texte d’Augustin Billetdoux, première mise en scène de Julie DUQUENOY et Augustin BILLETDOUX, bénéficie ainsi, après 11 jours de programmation en octobre au Théâtre 13 [2], de près d’un mois de programmation au Lucernaire.

Ont également été primés en juin "Fugue en L Mineure" (Prix du Public), texte Léonie Casthel‐mise en scène Chloé Simoneau, programmé au Théâtre de Belleville, pendant 16 jours jusqu’au 18/11, et " A l’Ouest des terres sauvages" (Mention spéciale) texte et mise en scène de Pauline Bayle, programmé également au Théâtre de Belleville, pendant 10 jours jusqu’au 15/11 (voir notre article spécifique)

Augustin Billetdoux a un parcours atypique d’homme de théâtre. Comme une autre lauréate du Prix 2014 des jeunes metteurs en scène (Pauline Bayle), il est diplômé de Sciences-Po (Bordeaux pour lui). Il est collaborateur d’un élu écologiste à l’Assemblée nationale. Sa participation à trois sommets des Nations-Unies sur le changement climatique lui a inspiré son premier roman, Le Messie du peuple chauve, Gallimard, 2012. Les Joueuses, Rivages (2014) est son deuxième roman. Ni Dieu ni Diable est sa première pièce de théâtre.

Julie Duquenoÿ (qui assure aussi dans cette création scénographie et lumières) a pour sa part une formation de comédienne. Elle a débuté avec le spectacle Citoyen Podekalnikov, mis en scène par Jean Bellorini puis joué dans Fuente Ovejuna, de Lope de Vega mis en scène par Anahita Gohari, La Surprise de l’Amour de Marivaux, version jazz, mis en scène par Aude Macé, Affreux sales et gentils de Guillaume Guéraud mis en scène par Patrick Courtois. Formée parallèlement à la lumière, elle a été régisseuse lumières au théâtre de Belleville, et travaille au Théâtre Essaïon. Elle réalise la création lumière de nombreuses pièces. Metteur en scène, elle donne des cours à des amateurs avec lesquels elle monte des spectacles depuis six ans.

Avec 6 comédiens [3], ils se sont attaqués à la mise en scène d’un texte inspiré du volumineux roman d’amour "Les deux étendards" [4]
L’adaptation, avec des mots plus contemporains se réduit à une quarantaine de pages en conservant la quête de l’amour absolu en toile de fond. Comme l’exprime la note d’intention « à l’heure où la société produit des métiers abscons, où notre capacité d’émerveillement décline car ‘’tout devient possible’’ sans la moindre révolution en vue (…) la révolte de Régis, Michel et Anne-Marie contre l’amour terrestre et ses désillusions, leur rage contre l’intégrisme et ce que les hommes ont fait de Dieu, leur tentation du cloitre pour fuir une société matérialiste, leur tentative de donner une dimension sacrée au monde moderne, le souffle de cette jeunesse visionnaire,, ses excès et ses tourments, sa gaucherie et sa naïveté, son humour, trouvent en nous, aujourd’hui plus que jamais, un écho humaniste qui résonne au théâtre. »

Michel et Anne-Marie - Photo Julie Duquenoÿ

L’histoire débute avec les échanges de deux lycéens d’une école catholique de province enfiévrés de controverses littéraires et métaphysiques, se poursuit avec leur retrouvailles ultérieures dans la capitale alors que Régis a rencontré Anne-Marie, et que ces deux adolescents très pieux s’aimant d’un amour chaste se destinent l’un à la prêtrise et l’autre à entrer dans les ordres. Tandis que Régis va devenir de plus en plus fanatique, avec à l’arrière-plan le "modèle" ou l’influence d’un prêtre intégriste qui fut leur professeur, Michel, qui aspire à profiter pleinement de la vie, va exprimer son amour impétueux et charnel de la jeune et adorable Anne-Marie qui ne tardera pas à succomber.

"Ni Dieu Ni Diable" Photo Julie Duquenoÿ

Dans un décor réduit à quelques éléments pour préserver la liberté d’imagination du spectateur, quelques fûts métalliques évoquant la société industrielle et marchande, des feuillets et livres s’éparpillant au gré de l’intervention toujours très dynamique des narrateurs, des chaises évoquant autant l’école que l’église… quelques rideaux habilement utilisés par la lumière ou la vidéo, jouant de transparences et d’opacités…les comédiens sont tout le temps présents en scène avec un jeu qui sonne toujours juste, dans leurs divers bouleversements intérieurs, et il n’y aucun temps mort dans un déroulement mené à un rythme très rapide, vers une fin qui ne se laisse qu’à peine deviner.
Une grande prouesse !
Philippe Laville

Théâtre Le Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs 75006 Paris
(métro Notre-Dame-des-Champs ou Vavin)

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits mais sur réservation impérative) : 01 42 22 66 87

Notes

[1En Juin 2014, Johanna Boyé (metteure en scène‐lauréate 2013 Prix Théâtre 13), Elisabeth Chailloux (metteure en scène et co‐directrice du Théâtre des Quartiers d’Ivry), Cendre Chassanne (metteure en scène, Cie Barbès), Claire Couté (adjointe au chef du Bureau du Spectacle – Mairie de Paris), Agnès Decour (conseillère artistique théâtre à Arcadi), Marie‐Lise Fayet (directrice du Théâtre de Bagneux), Grégoire Lefebvre (directeur de l’Avant‐Seine de Colombes), Magali Léris (metteure en scène, directrice artistique du Théâtre de Cachan), Audrey Levert (directrice de la Maison du Théâtre et de la Danse d’Epinay—‐sur—‐Seine), Jean—‐Philippe Lucas Rubio (directeur adjoint du Théâtre 95), Christine Milleron (responsable de la programmation au Lucernaire), Colette Nucci (directrice du Théâtre 13), Laurent Sroussi (directeur du Théâtre de Belleville), Adrien de Van (co‐directeur du Théâtre Paris‐Villette)

[2Le Théâtre 13 / Seine (30 rue du Chevaleret 75013 Paris M° Bibliothèque François-Mitterrand-www.theatre13.com), également participant au partenariat Réduc’snes (tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative au 01 45 88 62 22) programme actuellement et jusqu’au 14 décembre "TROYENNES" – Les morts se moquent des beaux enterrements – mise en scène de Laetitia Guédon en forme de "tragédie rythmique pour rester en vie" adaptée d’Euripide par Kevin Keiss.

[3Ariane Brousse la Narratrice, Lou de Laâge Anne-Marie, Mathieu Graham Guillaume, Clément Séjourné Michel, Pierre Vos le Narrateur, Damien Zanoly Régis, tous passés par l’Ecole Claude Mathieu, comme les deux metteurs en scène ; et le concours de Jérôme Nicol (réalisation scénographie ), Alexis de Vigan (réalisation Vidéo ), Paul-Edouard Blanchard (régie Plateau)

[4(1312 pages, Ed. Gallimard 1951 ; roman peu connu du fait du passé sulfureux, collaborationniste et antisémite de son auteur, Lucien Rebatet, condamné à mort à la fin de la seconde guerre mondiale) qu’ils ont décidé d’exhumer pour des raisons artistiques tout en exprimant leur plus profond dégoût pour les positions de Rebatet.

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