Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Susanna Nicchiarelli (Italie-Belgique)

« Nico 1988 » Sortie en salles le 18 avril 2018.

Entre Paris, Prague, Nuremberg, Manchester, la Pologne ou le littoral romain, « Nico 1988 » est un road-movie retraçant les dernières années de la vie de l’artiste Christa Päffgen plus connue sous le nom de Nico qui mourut prématurément le 18 juillet 1988 à Ibiza.

Après avoir posé pour les magazines «  Vogue  » «  Jardins des Modes  » ou «  Elle  » Christa Päffgen fait le mannequin pour Coco Chanel, Sous le nom de Nico elle apparaît dès la fin des années cinquante dans des films d’Alberto Lattuada, de Rudolph Maté avant d’être remarquée par Federico Fellini qui, frappé par son charisme, lui offre un rôle dans « La dolce vita ».
C’est par hasard qu’elle enregistre une chanson produite par Serge Gainsbourg,

En 1964 Nico enregistre son premier titre dans l’ombre des Rolling Stones. Elle rencontre Bob Dylan à qui elle inspire une chanson et commence à travailler pour Andy Warhol et Paul Morissey et collabore à leurs films expérimentaux. Après quoi, Warhol l’impose au Velvet Underground qu’elle quittera un peu plus tard pour entreprendre une carrière solo. Elle enregistrera dans les décennies suivantes, en artiste inclassable, une série d’albums aujourd’hui acclamés par la critique.

Puis c’est en France, sa rencontre avec Philippe Garel avec qui elle tournera pas moins de sept films entre 70 et 79, devenant ainsi la figure centrale de l’œuvre et de la vie du jeune cinéaste représentant à l’époque du cinéma underground français. Au début des années quatre-vingt, elle s’installe à Manchester et dès lors, sa notoriété la classe comme une influence de la scène rock gothique.

C’est un peu plus tard qu’elle entame sa tournée en Europe, au Japon et en Australie.

Cinéma : Nico 88

« Nico 1988 », le film de Suzanna Nicchiarelli commence avec deux silhouettes qui se découpent sur fond de ciel rougeoyant. La petite fille questionne sa mère et la réponse tombe : ce que les deux silhouettes regardent, c’est Berlin en flammes.

Du bombardement de la ville, l’image passe sans transition au ciel bleu d’Ibiza où une femme enfourche son vélo pour une simple promenade de vacancière.

Toute la vraie histoire de Nico-Christa tient entre ces deux visions : celle de la guerre destructrice qu’elle a connue enfant et celle de cette femme en vacances qui va mourir des suites d’une chute de vélo.

Loin du biopic qui retracerait l’itinéraire chaotique et sulfureux de l’artiste, Susanna Nicchiarelli a réalisé un film sur la femme qui se cachait derrière Nico, la vraie Christa et exprimé à travers elle ce qu’une femme à la fois profondément artiste et mère peut traverser d’essentiel dans sa vie.

La réalisatrice a utilisé les regards qu’ont portés sur elle ses partenaires, de son manager aux membres de son groupe, des proches, pour décrire, par l’angle intime de sa personnalité, la nature profonde du personnage.

Son film nous entraîne dans la dernière tournée de Nico et il faut, pour entrer dans cette période, oublier l’image de l’icône blonde.

Nico, interprétée ici par Trine Dyrholm est méconnaissable. Le visage, quoi qu’empâté, presque rendu bouffi par les excès d’alcool et de drogue, garde toute sa dignité, la force du regard et sa puissance jusque dans la fragilité.

« Nico 1988 » recrée l’atmosphère d’un groupe rock de seconde zone dans les années 80 au hasard de la tournée mal organisée d’une star déchue avec tout ce que ça peut comporter de plaisir malgré tout, d’ironie, de cruauté et de drame...

Le film resserré sur le temps d’une tournée, résume sans doute mieux que s’il avait couvert toute la vie de l’artiste, la vérité sur un personnage qu’on considère comme une icône mais qui était surtout une femme passionnée par la musique et pétrie d’amour maternel....

Superbe !

Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « Les Grands voisins. La cité rêvée »
    Maël est un artiste peintre sans papiers, Adrien est luthier et musicien. Eux et d’autres résidents de tous crins et venus de tous les horizons ont donné naissance à une utopie moderne en plein cœur... Lire la suite (14 mai)
  • « The room »
    Kate, elle traductrice et Matt artiste peintre, un couple de trentenaires dans l’impossibilité d’avoir un enfant, lassés d’une existence citadine s’installent dans une maison isolée qu’ils ont achetée... Lire la suite (14 mai)
  • « Benni »
    Benni est une fillette de dix ans enfermée depuis sa petite enfance dans un état d’ instabilité, une suractivité permanente et des accès de violence qu’elle ne parvient pas à contenir. Prise en charge... Lire la suite (17 mars)
  • « Le cœur du conflit »
    Un cinéaste japonais et une cinéaste française décident de faire ensemble, non pas un enfant qui serait jeté en pâture à une société offerte à un avenir de plus en plus inquiétant, mais un « enfant... Lire la suite (11 mars)
  • « Femmes d’Argentine »
    En Argentine l’IVG est interdite et les femmes qui la pratiquent clandestinement peuvent encourir des peines de prison si elles sont dénoncées. Toute hospitalisation pour traiter les séquelles d’un... Lire la suite (10 mars)