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Un film de Thomas Bardinet (France)

"Nino, une adolescence imaginaire de Nino Ferrer" Sortie en salles le 25 avril 2012

Le biopic est à la mode. Il peut donner un film de facture classique, comme celui de Florent Emilio Siri sur Claude François, ou être l’occasion d’une belle création artistique, originale et inventive, comme le Gainsbourg de Yohann Sfar.

Thomas Bardinet trouve une autre façon d’aborder la biographie d’un homme célèbre : en l’inventant de toutes pièces.

Dans son film, Nino a 16 ans ; il est interprété par un jeune comédien qui n’est pas loin de ressembler trait pour trait au chanteur Nino Ferrer. Son cœur encore tout neuf hésite entre Natacha, comédienne de théâtre en répétition dans le coin, et Nathalie qu’il connaît depuis l’enfance.

Le biopic de Nino Ferrer se limite ainsi à ses premiers émois amoureux, à un épisode estival dans l’adolescence du chanteur dont les qualités d’auteur-compositeur restent sans doute à découvrir.

A la lecture du générique où le nom de Thomas Bardinet apparaît à tous les postes techniques et à celui de la musique, ainsi qu’au nombre de "producteurs" qui ont permis au film d’exister (ce sont en fait des amis qui y ont mis chacun un peu d’argent), on comprend que ce réalisateur qui n’en est pas à son premier essai, a monté " Nino" sans beaucoup d’argent.

Thomas Bardinet aime bien les chanteurs. Dans son premier long métrage, "Le cri de Tarzan" , un appelé du contingent est saisi par la musique de son idole, Dick Annegarn.

Dans " Ames câlines" , il réinvente un Paris ludique et poétique avec les comédiens inconnus qu’étaient alors François Berléand et Valérie Donzelli.

Dans "Les petits poucets" tourné en deux semaines dans les Landes et qui met des parents à l’épreuve d’un jeu de cache-cache auquel les contraint leur progéniture, les comédiens sont ses propres enfants.

Thomas Bardinet est quelqu’un qui aime bien travailler de façon artisanale, hors des sentiers de la grosse production afin de mieux préserver sa liberté de travail et de créateur.

On peut ajouter qu’il est un grand amoureux du cinéma de Jean Eustache et qu’il a sans doute beaucoup admiré aussi les films de Jacques Rivette et d’Eric Rohmer.

Avec "Nino", il a réalisé un film en toute liberté, tendre, cruel et rafraîchissant, un marivaudage avec des chansons de Nino Ferrer.

Ses comédiens, qu’il est allé chercher dans une petite troupe en train de répéter " Arlequin, valet de deux maîtres" de Goldoni (sauf Lou de Laäge qui en est à son 3ème film), sont tous très bien, avec juste ce qu’il faut de maladresse pour jouer les premières approches amoureuses.

A peine pourrait-on reprocher à Thomas Bardinet de n’avoir pas assez allégé son récit, de l’avoir un peu trop chargé de détours narratifs parfois vains, d’épisodes inutiles. Il eut mieux valu s’en tenir aux chassés croisés amoureux dans des décors villageois ou champêtres.

Mais il est toujours intéressant de voir le travail de ces quelques cinéastes français, francs-tireurs, obstinés et inventifs…

Francis Dubois

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