Actualité théâtrale

Jusqu’au 11 mars au Lucernaire

« Noce » Réduc’Snes

L’enfant est venue assister à la noce avec ses parents, une noce somptueuse, historique, où tout le monde rêve d’être invité. Rejetés de la grande entrée vers la petite porte au fond du parc, repoussés loin de la table des mariés, que très vite ils n’aperçoivent même plus, ils peinent à admettre qu’ils ne sont que des invités de seconde zone. Son père n’arrête pas de s’excuser et de se rengorger « déjà on est invité ». L’enfant sera bientôt rejointe par quatre personnages qui ont réussi à tromper le service de surveillance et à s’introduire sans carton d’invitation. Ils semblent heureux d’être parmi les privilégiés qui peuvent assister à la noce. Mais quand ils comprennent que les plats n’arrivent pas jusqu’à eux, ils se lâchent comme des chiens et vont se transformer en une meute redoutable.

Théâtre : Noce

La pièce de Jean-Luc Lagarce sonne étrangement juste, au moment où le pays le plus riche de la planète élit un Trump, qui veut ériger un mur pour empêcher toute immigration venue de ses voisins plus pauvres, à l’époque où, en France aussi, le refus d’accueillir ceux qui fuient la guerre et la misère se répand comme la peste et où les défavorisés craignent que de plus défavorisés qu’eux leur prennent le peu qu’ils ont réussi à acquérir. Ceux qui sont à l’extérieur, qui n’ont pas été invités, entendent la musique qui leur parvient de l’intérieur, à l’image des exclus du monde des riches qui savent aujourd’hui comment on vit ailleurs.

Pierre Notte a mis en scène avec une énergie magnifique ce chaos. Pas de décor, juste une table et des chaises, sur lesquels les personnages se ruent car tous n’ont pas une place, les non-invités se tassent dans un coin. Mais, quand ils comprendront qu’ensemble ils peuvent sortir de la résignation et réclamer leur part, ils partiront à l’assaut, dressés vers l’avant, poing levé pour l’une, faisant un doigt d’honneur pour l’autre. Quand au bout de leur assaut ils raflent tout ce qui leur semble superflu, c’est d’un collier et d’un homard en plastique qu’ils s’emparent avant de se barricader derrière un mur de chaises quand du dehors menacent ceux qui veulent aussi participer à la noce et que l’on entend à nouveau la rengaine « mon arc en ciel je l’aurai » !

Les acteurs sont habités par leur personnage, des archétypes que Jean-Luc Lagarce nomme le monsieur, la dame, l’homme, la femme et l’enfant. Bertrand Degrémont, élégant dans son costume blanc hérité de sa famille, qu’il se désole d’avoir abîmé en passant le grillage, est le monsieur prêt à profiter de l’enfant. Eve Herszfeld est la dame qui se veut élégante mais n’échappe pas à la vulgarité. Grégory Barco est l’homme et Amandine Sroussi, la femme, la domestique que les mariés ont préféré remplacer par du personnel spécialisé pour la noce et qui est prête à tout pour exister. Paola Valentin incarne à la perfection le personnage de l’enfant, qui réclame régulièrement les entrées, qui s’ennuie mais qui grandit et apprend vite après l’assaut.

La mise en scène inspirée et la troupe passionnée magnifient cette superbe pièce.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 21h

Théâtre du Lucernaire

53 rue Notre Dame des Champs, 75006 PARIS

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 44 57 34

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