Actualité théâtrale

Jusqu’au 13 avril au Théâtre 13/Seine, partenaire Réduc’Snes

« Norma Jeane » Adaptation et mise en scène de John Arnold

Joyce Carol Oates avait écrit un gros roman Blonde inspiré par la vie de Marilyn Monroe. John Arnold l’a adapté pour le théâtre, en le complétant de propos tenus par l’artiste dans des interviews et ce n’est pas l’histoire de Cendrillon à Hollywood qui apparaît. Á travers l’histoire de Norma Jeane Baker, c’est tout le mythe de Hollywood et le rêve américain qui sont remis en cause. C’est l’histoire d’une petite fille mal aimée par une mère schizophrène, placée dans un orphelinat puis en famille d’accueil, mariée presque enfant, et qui par certains côtés restera toute sa vie une enfant, celle d’une jeune femme qui luttera pour s’en sortir, posera nue, acceptera de coucher avec tout Hollywood et qui, toute sa vie cherchera par-dessus tout à être une grande actrice et à être aimée. Mais en dépit de sa beauté, de son corps magnifique, de son don pour accrocher la lumière et les regards, elle ne sera pas de taille à résister à ce monde où la lutte pour l’argent et le pouvoir est âpre et où elle n’apparaît que comme un instrument dont se servent ceux qui ont le pouvoir, producteurs, hommes politiques, médias.

John Arnold ne s’est pas contenté d’adapter le roman, il le met aussi en scène. La pièce est en boucle. Elle commence par la mort et finit par la mort. Dès le début, c’est la parole d’un journaliste que l’on entend, allusion au rôle capital joué par les médias dans cette histoire, et une vanité que l’on voit, rappelant que la mort signe le mot fin de cette « histoire dite par un fou, pleine de bruit et de fureur et qui ne signifie rien » ainsi que Shakespeare caractérise la vie humaine. On se trouve projeté dans un conte. Pas de décors, mais des rideaux qui cachent ou s’ouvrent, peu d’accessoires, un drap enroulé autour d’un corps, une commode, un sapin de Noël, une table de cuisine, une pluie de dollars qui tombent des cintres nous font passer d’un univers à l’autre, de la pauvreté à la gloire, de la pin-up posant nue à l’icône sexuelle abrutie d’alcool et de médicaments. La lumière, les sons, la musique créent l’ambiance. Les séquences se succèdent, rapides, révélant une Marilyn fragile, perdue dans un univers le plus souvent sordide et cynique. Les dialogues sont brefs et incisifs, à l’image de ce monde où tout doit aller vite, où l’on ne s’apitoie pas et où si l’on n’avance pas on meurt. On passe de l’émotion à la vulgarité, de l’humour à l’odieux, les images sont fortes. On s’accroche aux multiples personnages où l’on retrouve Zanuck, Kennedy, Arthur Miller, Joe Di Maggio, Jane Russell et bien d’autres. Douze acteurs passent d’un personnage à l’autre. Ils sont tous très convaincants. Mais il faut surtout saluer la performance de Marion Malenfant. Elle évite parfaitement l’écueil de chercher à imiter Marilyn. Elle a la grâce enfantine de Norma Jeane Baker et sait, quand elle incarne la star, mêler la provocation à ce qui reste d’innocence et d’espoirs naïfs en Marilyn. Elle est parfaite.

Au-delà de l’histoire de la star, ce qui éclate dans la pièce, c’est la vision d’une société du spectacle menée par l’argent et l’apparence qui broie les plus faibles et en premier « Miss golden dreams of America ».

Micheline Rousselet

Mardi, jeudi et samedis à 19h30, mercredi et vendredi à 20h30, dimanche à 15h30

Théâtre 13 / Seine

30 rue du Chevaleret, 75013 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 88 62 22

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