Actualité théâtrale

Théâtre de Gennevilliers, jusqu’au 14 février

" Nos enfants nous font peur quand on les croise dans la rue " partenaire Réduc’snes

Sur un texte écrit et lu par Ronan Chéneau, des comédiens, danseurs et acrobates nous font sentir l’Afrique que nous croisons chaque jour en France sans toujours y porter une attention particulière. Dans ce texte Ronan Chéneau, qui se présente comme « un auteur français habitant d’une ville moyenne en province », nous livre quelques réflexions sur la société française et sa méfiance vis-à-vis des immigrés et des jeunes, sur l’exil et l’identité nationale. Il ne s’agit pas d’un texte politique très écrit, mais d’intuitions, de pensées esquissées, remaniées au gré des répétitions, dans l’échange avec les danseurs-comédiens. Les textes écrits à la première personne, dits par l’auteur au micro sur la scène, nous interpellent directement et les danseurs-comédiens apparaissent comme les prolongements de ces sentiments.
Il y a dans ce spectacle la volonté de dépasser les catégories traditionnelles. D’ordinaire, le théâtre s’appuie sur un texte écrit auquel on ne doit pas toucher, ici il se crée à mesure que le spectacle se fait. Le théâtre est parole, certes incarnée par des corps, mais d’abord parole, ici c’est la danse qui incarne la pensée. Enfin c’est une parole stylisée, ici elle est exprimée dans un langage quotidien, « brut, divers, voire trivial », avec la « volonté de parler de problèmes contemporains pourvu qu’ils brûlent » (Ronan Chéneau).
David Bobee et Ronan Chéneau ont rencontré, lors d’un voyage à Brazaville, Devallet Bidiefono Nkouka et son groupe de danseurs les Baninga. De cette rencontre sont nées les interrogations portées par cette pièce : qu’est-ce qu’être Français, étranger, Français en Afrique, étranger en France ? A travers cette interrogation, nous sommes confrontés aux choix de nos gouvernants : la création d’un très contesté "Ministère de l’immigration de l’intégration et de l’identité nationale" et une politique sécuritaire pointant fortement les « immigrés » en oubliant que bon nombre d’entre eux sont Français. A Brazaville, l’auteur et le metteur en scène ont rencontré des troupes de danse contemporaine qui, malgré un manque total de moyens, créent et rejoignent dans leur réflexion la danse contemporaine occidentale. En dépit d’un passé différent, d’un vécu des danseurs beaucoup plus tragique, ces danseurs nous parlent de la peur de l’autre, du déracinement et de l’amour. Les danseurs, tant français qu’Africains, ont une énergie et un dynamisme qui emportent l’adhésion. L’acrobate introduit l’idée d’instabilité, mais aussi de force et de volonté pour conserver l’équilibre par le mouvement, qui nous renvoie à la vie de ces Africains en France. La mise en scène de David Bobee s’inscrit dans un dispositif scénique gris, métallique, froid comme l’environnement et la peur. Un tapis roulant où circulent des sacs de toile plastique évoque l’arrivée dans ce monde où dominent le froid et l’indifférence.
Si vous avez envie de voir une création originale, sensible, pluridisciplinaire et multiculturelle, allez-y rapidement car elle se termine le 14 février.
Micheline Rousselet

Théâtre de Gennevilliers
41 avenue des Grésillons
92230 Gennevilliers
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 41 32 26 26
www.Theatre2gennevilliers.com
Mercredi, vendredi, samedi à 20h30, mardi à 19h30, dimanche à 15h.

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