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Un film de Patricio Guzmàn (Chili-France-Espagne-Allemagne)

"Nostalgie de la lumière" Sortie en salles le 27 octobre

Le désert d’Atacama, au Chili, est le lieu de prédilection des astronomes qui viennent du monde entier pour y étudier les étoiles. La qualité de transparence du ciel y est telle qu’elle permet d’observer jusqu’aux confins de l’univers.
C’est là qu’on peut aussi retrouver les ossements enfouis des prisonniers politiques exécutés sous la dictature de Pinochet.
Les astronomes viennent observer les galaxies pour y déceler une vie extra terrestre. Des femmes recherchent sous les pierres, au pied des observatoires, les restes des squelettes de parents disparus.

Le désert d’Atacama est un espace qui semble hors du temps. Il y subsiste, près des gigantesques coupoles où vivent les astronomes, des traces mystérieuses comme les trains abandonnés par les mineurs au 19ème siècle et ces ossements qu’éclaire une voie lactée particulièrement lumineuse.
Le film de Patricio Guzmàn met en parallèle les scientifiques qui observent le ciel et les femmes qui, elles, prospectent le sol. Dans ce film tourné vers le passé, apparaissent les vestiges de l’ère de la révolution industrielle aussi bien que les restes des momies antiques qui renvoient au temps de Christophe Colomb.
C’est lorsqu’il a eu connaissance de la présence de ces femmes grattant inlassablement le sol avec leurs mains au pied des télescopes, que Patricio Guzmàn s’est résolu à réaliser sur le sujet, un film qui mènerait de front plusieurs lignes. Une ligne métaphysique, mystique ou spirituelle, une ligne astronomique, ethnographique et une ligne politique.
Il s’agissait d’expliquer, en insistant sur une similitude, que les ossements humains sont pareils à certains astéroïdes, que le calcium qui constitue les squelettes est le même que celui qu’on trouve dans les étoiles, que la naissance d’une étoile provient de nos propres atomes et que le travail de fouille auquel se consacre une femme dans le désert ressemble au travail des astronomes, que les recherches des astronomes, leur perception des galaxies, peuvent aider les femmes dans leurs quêtes.
"Nostalgie de la lumière" reste au niveau d’une interrogation. Y témoignent Victoria et Violeta dont les dépouilles des parents ont été enfouies sous le sable du désert et qui, depuis 28 ans, munies de pelles remuent inlassablement la terre ; Lautaro, le vieil archéologue à l’œil de lynx qui a transmis aux femmes son expérience des fouilles ; Gaspar, le jeune astronome né après le coup d’état, à qui son grand père a enseigné l’observation des étoiles et les mathématiques ; Luis l’ amateur qui fabrique ses propres instruments astronomiques ; Miguel, détenteur de la mémoire, qui a survécu à 5 camps de concentration et qui en a dessiné avec une extrême précision les plans ; et Valentina, fille de disparus à qui l’astronomie a apporté les moyens d’affronter l’absence de ses parents.
Si elle déroute au tout début, la démarche de Patricio Guzmàn s’éclaire très vite et la recherche de chacun des protagonistes devient une urgente nécessité.
Francis Dubois

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