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Un film de Sarah Bouyain (France Burkina-Faso)

"Notre étrangère" Sortie en salles le 2 février 2011

Amy, jeune métisse vivant au sein d’une famille française en région parisienne, revient à Bobo au Burkina Faso à l’occasion de la mort de son père. Sa mère, dont elle est séparée depuis l’âge de huit ans, n’est pas là et le mystère rôde à propos de cette absence. La jeune fille ne trouve dans la maison familiale que sa tante et une jeune servante. Ses souvenirs du pays sont lointains et malgré l’accueil, elle peine à trouver ses repères.
Mariam, une burkinabé, technicienne de surface vit à Paris avec l’espoir de retrouver sa fille.
Elle a fait la connaissance d’Esther, cadre dans l’entreprise où elle est employée. Les deux femmes ont sympathisé et Esther a décidé d’apprendre le diouta, la langue de Mariam qui a accepté de lui donner des cours particuliers.

Le film de Sarah Bouyain reste très pudique à propos des fractures qui ont marqué le destin de ces quatre femmes. Le récit est sans cesse retenu et il semble que le premier souci de la réalisatrice ait été d’éloigner tout risque de tomber dans la tonalité du mélo.
Qu’est devenue la mère d’Amy ? Acita, la tante burkinabé pourrait bien en savoir long sur un passé dont elle a sans doute décidé qu’il fallait l’oublier. Les échanges d’Amy avec sa tante sont limités dans la mesure où la jeune fille ne parle pas le diouta. Leurs contacts passent par la traduction sélective de Kadiatou, la petite servante.
Alors qu’Amy se heurte à l’ignorance de sa langue d’origine, Esther se lance dans l’apprentissage de cette langue pour le simple plaisir d’approcher l’Afrique ou parce que c’est pour elle l’occasion de rencontrer Mariam en dehors de l’entreprise où elles travaillent toutes deux, l’une dans des fonctions de responsabilités, l’autre en charge de l’entretien des locaux.
"Notre étrangère" est un film de femmes confrontées à l’éclatement et l’effritement d’une culture, à la perte des repères originels. Un récit sur le tâtonnement d’êtres déracinés, sur les différentes sortes de solitude et surtout celle qui isole d’autant plus qu’elle touche des femmes écartelées, perdues hors de leur culture. Et ces histoires séparées finissent par n’en raconter qu’une seule, à la fois universelle et particulière.
Il est simplement à regretter que la réalisatrice ait un peu trop bridé ses récits et la rigueur qui résulte d’articulations narratives un peu sèches donne parfois l’impression d’inabouti à moins que ce choix soit lié à la peur de dévoiler les zones d’ombre nécessaires au mystère et aux secrets enfouis…
Francis Dubois

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