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Un film de Gaël Morel (France)

"Notre paradis" Sortie le 28 septembre 2011 

Vassili, un prostitué homosexuel vieillissant, est sujet à des pulsions meurtrières sur certains de ses clients.

Au cours d’une nuit de drague, dans le Bois de Boulogne, il trouve un jeune garçon qui vient d’être victime d’une agression. Il l’accueille chez lui pour la nuit mais une attirance immédiate entre les deux hommes les retiendra l’un près de l’autre.

Angelo a dix-neuf ans. Il est au sommet de son pouvoir de séduction.

 

Gaël Morel se défend d’avoir donné, en faisant de son personnage principal, un sérial killer, une image négative de l’homosexualité.

L’image de l’homosexualité que donnent habituellement le cinéma ou la télévision à travers des séries comme " Plus belle la vie" ou "Avocats et associés" est soft. Gaël Morel ne veut pas nier qu’il existe des homosexuels à l’existence paisible, qui vivent en couple, mais il souhaite avec "Notre paradis" témoigner de l’existence d’une autre réalité, celle des boîtes spécialisées, bars, clubs, lieux de drague…

Pourquoi Dimitri libère-t-il soudain ses pulsions de violence allant jusqu’au crime gratuit alors que cet homme, qui a sans doute de tout temps vécu de la prostitution, peut par ailleurs faire preuve de générosité, de sensibilité, de réelles qualités humaines ?

Ce questionnement renvoie au problème de l’âge qui frappe plus durement les homosexuels que les hétérosexuels. Dimitri sent le vieillissement poindre et c’est peut-être pour détruire l’image de ce qu’il ne tardera à devenir, qu’il choisit ses victimes parmi les vieux homosexuels les plus pathétiques.

Sa rencontre inespérée avec Angelo, un jeune homme de dix-neuf ans, est à la fois pour Dimitri, une bouffée d’oxygène, une relation précieuse et l’image souvenir de sa propre jeunesse à peine passée et auréolée de succès.

L’attachement que porte Dimitri à sa vieille amie Anna et à son fils d’une dizaine d’années pose le problème de la frustration de paternité souvent présente chez les homosexuels.

Le "paradis" de Dimitri, c’est le choix d’une autre vie, loin de l’univers glauque parisien, dans la chaude demeure qu’occupe son ami Victor, celui qui fut son premier amant. Le paradis réunirait autour de lui, Anna et son fils qui pourrait être le sien, Victor à qui il porte une sincère amitié, et Angelo.

Quand le projet se brise, Dimitri, retrouvant ses pulsions de meurtre, va tenter de sauver son projet à tout prix.

Gaël Morel a réalisé avec " Notre paradis" un film noir et pourtant lumineux, hésitant entre l’intensité clair-obscur de Caravage et l’éclat de Miche Ange. Sans renier la tradition naturaliste du cinéma français, il fait en sorte que chacun de ses personnages échappe au stéréotype. S’ils évoluent dans un milieu singulier, ils ne l’incarnent pas pour autant. Il préfère les définir par des ruptures dans le récit, par l’appel au possible plutôt que par la restitution du réel.

La première scène du film où pendant un long temps le personnage du client se tient hors champ et n’existe que par le regard de Dimitri donne la ligne du récit. Tout au long, le récit ne se démarquera pas de ce parti pris de donner priorité aux regards, jusqu’à l’ultime séquence où l’on voit l’enfant assister au double crime.

Francis Dubois

 

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