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Un film de Régis Sauder (France)

"Nous, princesses de Clèves" Sortie en salles le 30 mars 2011

En 1558, à la cour du roi Henri II, Mademoiselle de Chartres devient, par son mariage, Princesse de Clèves. Mais de sa rencontre avec le Duc de Nemours naît un amour fulgurant qu’elle ne saura réprimer, même si sa mère la conjure de renoncer.
Au Lycée Diderot, un établissement des quartiers Nord de Marseille réputé "sensible", des élèves d’une classe de Terminale prennent à bras le corps le texte de Madame de Lafayette et se l’approprient pour mieux approcher leur ressenti à propos de la vie, de leurs choix et de leurs premiers renoncements.
Le film de Régis Sauder est une réponse de plus à Nicolas Sarkozy quand celui-ci déclarait que l’œuvre de Madame Lafayette, qu’il considérait du haut de son mépris comme ne pouvant s’adresser qu’à une élite intellectuelle, ne pouvait figurer au programme de concours jugés modestes.
Le vrai projet du film, né -il est important de le préciser- avant sa déclaration, n’était pas une réplique au mépris présidentiel mais la mise en évidence qu’une relation vivante et sensible pouvait s’établir entre un texte du 16ème siècle, réputé difficile d’accès et de grands adolescents vivant dans des conditions défavorables, souvent catalogués comme des êtres frustres qui ne seraient jamais ouverts qu’à des sujets touchant uniquement le périmètre étroit de leurs centres d’intérêt immédiats.

Or, les élèves, en s’appropriant le texte de "La Princesse de Clèves", mettent en évidence les nombreux point de contact entre l’œuvre littéraire et les préoccupations d’adolescents vivant dans un décor qui est tout le contraire de celui d’une cour royale.
Passé par eux, le texte devient d’une étonnante modernité, immédiatement lisible et les sentiments aristocratiques se transforment, au contact d’un langage et d’un accent "typés", estampillés "banlieue", et prennent une évidente coloration actuelle.
Le plus saisissant est la mise en voix de passages du roman. Grâce au "jeu", dépouillé et juste, une approche instinctive du propos, les implications stylistiques, historiques, sociétales font un bond de quatre siècles et demi dans le temps.
On peut rapprocher "Nous, princesses de Clèves" du film d’Abdelatif Kechiche, "L’esquive". Il y a effectivement une parenté entre les deux démarches, à la différence près que le film de Régis Sauder reste dans le domaine du documentaire et que c’est moins une confrontation entre deux langues qu’une appropriation culturelle.
Le texte de Madame de La Fayette ouvre ainsi tout naturellement sur les interrogations des lycéens à propos d’eux-mêmes. L’amour, la sexualité, le mariage, le poids de la famille, le rapport à la mère sont des sujets abordés et, sur la lancée, l’importance de la culture d’origine, l’entrée en société, comment gagner son autonomie, à quel prix et avec quel bagage réussir le grand saut, nourrissent le débat. Et Madame de Chartres en endossant l’image de la mère universelle, devient la référence d’uns conduite honorable.
Les jeunes gens, lorsqu’ils ont approché le texte de "La Princesse de Clèves" s’en éloignent pour s’engager dans une réflexion personnelle et intime. L’un sert l’autre et inversement et les deux univers, si éloignés soient-ils, se rejoignent le plus naturellement du monde.
Un beau film sans concessions qui révèle des dispositions multiples chez ces jeunes gens dont l’apparente insolence, la rudesse parfois, cachent une sensibilité qui les place d’évidence, au rang des "belles personnes".
Francis Dubois

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