Actualité théâtrale

La Colline Théâtre national – partenaire Réduc’Snes - jusqu’au 9 décembre 2012

"Nouveau roman" Texte et mise en scène Christophe Honoré.

Une photographie prise en 1959, devant le siège des Éditions de Minuit, réunit presque tous les représentants de cette vague en littérature qu’on a appelée Le Nouveau Roman. Il y a là Alain Robbe-Grillet, Claude Simon, Claude Mauriac, Jérôme Lindon, Robert Pinget, Samuel Beckett, Nathalie Sarraute, Claude Ollier. Il manque sur le cliché, Marguerite Duras, Michel Butor.

C’est ceux-là, en tous cas, qui, à l’image de la Nouvelle vague au cinéma à la même époque, ont apporté un souffle nouveau à la littérature romanesque, une autre façon d’aborder la narration ou de nier l’autobiographie.

Ce mouvement a quelque chose de curieux dans la mesure où en dépit de son ampleur sur une période relativement longue, il n’a guère laissé trace de son influence sur le roman d’aujourd’hui, aucun des auteurs actuels n’en revendiquant l’héritage.

Ceux qui voulaient brûler tout Balzac, mettre de côté l’intrigue et les personnages pour ne plus s’attacher qu’à la forme, ont-ils été nos derniers grands romanciers, ceux qui assurent encore aujourd’hui, alors qu’ils ne sont plus que le support d’études littéraires universitaires, la renommée de la littérature française à l’étranger ?

Très tôt, bien avant l’âge requis, Christophe Honoré a lu " Hiroshima mon amour" et s’est passionné pour ce récit .Ce garçon dont on imaginait qu’à la rubrique profession de ses papiers administratifs, il y avait écrit : cinéaste ou metteur en scène de cinéma, se doit d’ajouter aujourd’hui, auteur et metteur en scène de théâtre et même si ce n’est pas l’affaire des services administratifs, compléter par "de grand talent".

Il y a aussi à son actif, une dizaine de livres pour enfants publiés à l’École des Loisirs, son admiration pour la nouvelle vague et pour Jacques Demy auquel il rendit un touchant hommage dans " Dix-sept fois Cécile Cassard", son premier long métrage et quelques joyaux cinématographiques comme "Les chansons d’amour", "Les bien aimés" ou "Non, ma fille, tu n’iras pas danser".

Mais pour revenir à ce spectacle qui se donne actuellement sur le plateau de la grande salle de La colline, il y avait toutes les chances de se casser le nez sur un projet qui rendait à la fois compte du fonctionnement du célèbre groupe d’écrivains, des complicités et des dissensions, du caractère bien trempé de chacun, de la force et de l’étendue du mouvement, en respectant le tracé de fidélité biographique, tout en choisissant un ton de grande liberté, frisant parfois l’insolence et la légèreté.

Qui aurait pu imaginer qu’on puisse représenter le dandy Robbe-Grillet en bermuda de vacancier beauf, Marguerite Duras sous les traits et avec la voix fluette d’Anais Demoustiers, qu’on pourrait plaquer sur le contour un peu sec de Nathalie Sarraute, la blonde et sexy Ludivine Sagnier, que Jérôme Lindon puisse être interprété par Annie Mercier, lunettes de soleil et baskets rouges.

Et tout cela, qu’on aurait pu penser voué à l’échec, fonctionne parfaitement bien, en apparente totale liberté, dans une bonne humeur constante et légèrement potache, qui dissimule très bien (Christophe Honoré est sans doute un garçon très discret) la somme de travail que ces acrobaties de construction ont pu nécessiter, l’intelligence, la délicatesse dont il a fallu faire preuve à chaque ligne pour ne pas mordre le trait.

Ce spectacle est un bonheur. Tous les comédiens sont les parfaits complices du parti pris narratif. Ils vont, viennent, préparent la soupe aux poireaux de Marguerite Duras, la boivent au bol et nous en livrent la recette.

C’est bon enfant, pas prétentieux pour deux sous et on ne s’ennuie pas une seule seconde pendant les deux heures trois quarts que dure le spectacle.

La Colline, 15 rue Malte Brun 75 020 Paris

www.colline.fr

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 44 62 52 52

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « À deux heures du matin »
    Pourquoi cet homme n’a-t-il pas allumé son téléphone portable depuis trois jours, pourquoi a-t-il effacé son compte facebook pour le rouvrir peu après sous un autre nom, pourquoi n’a-t-il pas pris... Lire la suite (17 septembre)
  • « Danser à la Lughnasa »
    Un jeune homme se souvient de l’été 1936 dans la maison familiale isolée en Irlande où il vivait avec sa mère et ses quatre tantes. Michaël s’en souvient car il y eut cet été là le retour de son oncle,... Lire la suite (16 septembre)
  • « Les naufragés » suivi de « La fin de l’homme rouge »
    Après Ressusciter les morts , Emmanuel Meirieu s’attache à nouveau à adapter deux livres témoignages, Les naufragés, avec les clochards de Paris de Patrick Declerck et La fin de l’homme rouge de... Lire la suite (16 septembre)
  • Théâtre 14
    Les nouveaux directeurs du théâtre 14, Mathieu Touzé et Édouard Chapot, proposent aux abonnés et aux curieux, pendant la durée des travaux au théâtre qui vont durer jusqu’au 20 janvier, UN PARCOURS... Lire la suite (13 septembre)
  • « Tempête en juin »
    Ce sont les deux parties de Suite française que Virginie Lemoine et Stéphane Laporte ont adapté et mis en scène (Virginie Lemoine seule pour la seconde partie) dans ces deux spectacles. Irène... Lire la suite (13 septembre)