Actualité musicale, chanson...

Nouveautés JAZZ Django Club, If Duo, Mina Agossi, Plaistow, Papanosh, Kami quintet

Actualité du « jazz manouche »

Fort justement, ce groupe a pris comme nom « Django club » et presque tout est dit. Presque parce qu’ils et elle s’approprient le langage de Django pour essayer de le faire parler au présent en évitant trop de redites – un des grands écueils de cette musique qui fait des enregistrements du Hot Club de France des années d’avant la seconde guerre mondiale une sorte de bibliothèque de laquelle il est difficile de s’échapper. Le groupe réussit à multiplier les climats tout en restant fidèle, apparemment, à l’idiome qui est le sien. Un paradoxe qui leur permet de construire une musique qui s’écoute. Lorsqu’ils et elle sortent un peu trop de ces chemins connus, le risque de l’ennui, bizarrement, menace comme si la perte de repères entraînait une sorte de langueur.

Fiona Monbet, violoniste, a étudié avec Didier Lockwood ; Richard Manetti, guitariste, tente de s’affranchir du poids du père (Romane en l’occurrence) et il y réussit quelque fois ; Adrien Moignard, l’autre guitariste, a fait partie du projet Selmer 607 tout comme Sébastien Giniaux, lui aussi guitariste, qui multiplie ses expériences (il est aussi plasticien et il faut se rappeler que Django fut aussi peintre) ; avec le contrebassiste Jérémie Arranger, ils composent ce groupe qui voudrait forger sa voi(e)x dans ce jazz volontiers qualifié de français, assez encombré ces derniers temps. Soulignons un deuxième paradoxe dont ils et elle ne sont pas responsables. Le jazz de Django est français mais les Manouches sont rejetés tout comme tous les Tsiganes. Le monde est bizarre, n’est-il pas ?

« Django club », JMS, Sphinx/Distribution. Ils seront au Sunset (Paris) les du 19 au 21 avril 2012

Songes et mensonges.

Un duo. piano/trompette ; un marseillais, le pianiste, Bruno Angelini, et un sicilien, le trompettiste Giovanni Falzone et l’on peut entendre déjà des rumeurs, des bruissements de polar transformant les musiciens en représentants de légendes. Rumeurs qu’ils alimentent pour se servir des mensonges pour en faire des songes, des rêves d’un autre monde qui ferait du jazz la référence comme la liberté (indispensable, oh combien !), la fraternité… qu’ils essaient de mettre ici en pratique. Une musique qui ne se refuse rien ni ne refuse toutes les influences, y compris celle du cinéma dit « réaliste » italien. Au contraire, elle les revendique. Les titres en témoignent qui parlent du blues en le mêlant à la déontologie – il faut l’entendre pour le croire… ou le rêver -, des révolutions (avec un point d’interrogation qui en dit plus long que bien des points d’exclamation) et surtout de ces songes et mensonges qui construisent vies et systèmes.

Une musique ouverte et exigeante de ce « If Duo », de ces « songs » - suite de ceux du volume précédent - qui peuvent devenir les vôtres. Une musique informelle et par-là même inclassable qui se veut résolument de notre temps. Le passé en fait partie comme la volonté de construire son propre univers.

« Songs volume 2 », If Duo, Abalone, distribution Muséa .

Chanteuse de jazz ?

Le jazz ? N’a-t-il pas avalé son acte de naissance ? Hormis le fait que ce n’est pas possible, le jazz n’en a jamais eu (d’acte de naissance, pour cause d’insuffisances technologique et technique, l’enregistrement ne sera inventé que bien après sa naissance supposée), il reste une musique d’une puissante actualité, d’un présent chargé de toutes les références de ce siècle qui n’arrive à trouver sa place, si l’on veut bien considérer que sa définition est évolutive. Mina Agossi en propose une en compagnie de son groupe et, pour deux plages, d’Archie Shepp. Ils chantent une composition du saxophoniste, « The Stars Are In Your Eyes », une déclaration d’amour réciproque et un thème de Jimi Hendrix, guitariste et compositeur jamais démodé. Le reste se partage entre la Nouvelle-Orléans – quelque chose du « feeling » de Redbone -, le gospel, le blues, le rock, la pop et… Mina elle-même. « Red Eyes », les yeux rouges – difficile de ne pas penser aux « yeux noirs - est une ballade venant du pays de la mélancolie, un pays qui regroupe tous les êtres humains sans distinction. Ce titre éponyme de l’album sonne comme le manifeste d’une culture qui se voudrait de notre temps... Pour savoir si vous aimez le jazz.

« Red Eyes », Mina Agossi, Naïve .

Minimaliste

Parlons de pochette d’abord. Plus minimaliste que celle-là, tu meurs. Une sorte d’ombre blanche d’un dessin qui laisse planer la possibilité de l’absence totale d’un dessin, comme si les auteurs avaient voulu jouer avec le concept même de pochette. Une indication la plus petite possible du nom du groupe « Plaistow » et le titre générique de l’album « Lacrimosa », le nom du trio, suisse, Johann Bourquenez (piano), Raphaël Ortis (basse électrique), Cyril Bondi (batterie) et les titres des deux (longues) compositions, Lacrimosa et Cube. Le CD se double de la diffusion de leur musique sur le Net. Le groupe a choisi de faire entendre sa musique sur les deux supports. L’un gratuit, l’autre payant, sans que ce soit considéré comme contradictoire ou exclusif.

Et la musique ? Comme la pochette. Aussi minimaliste, se référant à la tradition de Steve Reich ou celle des derviches tourneurs comme celle de Terry Ryley. Le risque est celui de l’ennui. Ils (et nous) n’y échappent pas toujours. Il faut creuser le sillon jusqu’à la disparition du sillon pour voir au-delà, ou plutôt à travers. Une musique qui se veut hypnotique, qui suppose d’y entrer pour y rester. Une fois franchi la porte, le monde y apparaît. « Lacrimosa » - un mot issu du latin qui signifie « larme » - fait la synthèse de toutes les influences du groupe : Mozart (une partie de la messe du Requiem), Regis Jauffret pour son livre éponyme, un groupe de métal… références qui se retrouvent dans cette musique.

« Lacrimosa », Plaistow », Insubordination netlabel (www.edogm.net/plaistow).

Confluence

« Papanosh », un drôle de nom pour un groupe…de jazz qui fait entendre des réminiscences de fumée de cigarettes, de tavernes grecques ou turques – la différence ne saute pas aux visages -, de musiques appelées du monde faute d’autres termes, mais aussi de Miles Davis (difficile d’y échapper), mais aussi les Lounze Lizards (un groupe new-yorkais dont le saxophoniste, John Lurie, joue aussi dans les films de Jim Jarmusch) et… Bernard Lubat. Le tout est une synthèse sans être un collage, une rareté. Quentin Ghomari (trompette, trombone), Raphaël Quenehen (saxophones), Sébastien Palis (piano, orgue, accordéon), Thibault Cellier (contrebasse) et Jérémie Piazza (batterie) savent se jouer de toutes leurs influences pour construire une musique qui se veut puissante, révoltée et ouverte. La liberté et la fraternité sont ici aussi revendiquée. « Your Beautiful Mother » revendique sa légitime « ugly beauty » - titre d’une composition de Thelonious Monk -, sa beauté laide.

« Your beautiful mother », Papanosh, Label Vibrant/Vibrants Défricheurs. Ils seront en août au festival Mens Alors et à Uzeste au mois d’août.

Jazz et No Jazz

Il faut le savoir, le jazz n’aime pas se définir. Il attire la passion sans se laisser enfermer ni dans un périmètre ni dans une surface posés a priori. Comment savoir si c’est du jazz ou non ? Quitte à surprendre, la réponse devrait être impossible. Le savoir n’a rien à faire en cette histoire. Il faudrait parler de parfum, d’atmosphères, de références, d’influences, de phrasé sûrement, de pulsation. Toutes ces questions sont posées par ce groupe, « Kami quintet » composé de Pascal Charrier aux guitares et composition (une longue suite en 8 parties, « Spirale »), Jérôme Mouriez à la batterie très rock, Denis Frangulian à la basse électrique, un trio dans le quintet très fortement imbriqué pour une musique qui tient beaucoup aux différentes facettes du rock d’aujourd’hui tandis que Julien Soro au saxophone alto et Bastien Ballaz au trombone sont plus liés à la pulsation du jazz (et des groupes de Rhythm and Blues). Un collage qui ne fonctionne pas toujours mais donne des résultats inespérés. Ils n’hésitent pas à foncer en abandonnant les contrées trop riches et bien fréquentées pour se risquer vers des pays sauvages mêmes s’ils ne sont pas totalement inconnus. « Human spirals », spirales humaines pour descendre et monter aux rythmes lourds d’un monde qui ne connaît guère sa propre humanité… Il faut soutenir le label « ajmi » qui permet de découvrir de nouveaux groupes.

« Human spirals », Kami quintet # 2, Ajmiseries, distribué par Intégral .

Nicolas BENIES

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