Le baccalauréat

Nouveaux livrets scolaires

La nouvelle mouture des livrets scolaire des lycéens, entrant en vigueur dès cette année en classe de 1ère, est parue au BO spécial du 22 mars.

Ces livrets ont été fabriqués en catimini, et sont publiés sans qu’aucune concertation sérieuse n’ait eu lieu. En Conseil Supérieur de l’Éducation, l’écrasante majorité des organisations a demandé le report de l’examen de cette refonte, mais le Ministère de l’Éducation Nationale a fait la sourde oreille (une fois de plus).

Ce livret comprend deux principales nouveautés :

*1 : pour tous les enseignements (les disciplines, mais aussi les TPE ou l’ECJS), ce livret décline, à côté des moyennes traditionnelles, des compétences en référence aux programmes d’enseignement ( parfois en décalage avec le programme officiel, comme en littérature en terminale).

Cette réforme, qui était tout sauf urgente, vise ainsi à instiller l’évaluation par compétences au lycée, selon la même logique qu’au collège : on veut imposer l’enseignement par compétences en se servant de l’évaluation terminale, cette évaluation influençant les pratiques au quotidien. Le risque est à terme une disparition des notes et une remise en cause du bac comme examen terminal.

Ces compétences sont en outre évaluées en « non maîtrisées », « insuffisamment maîtrisées », « maîtrisées », « bien maîtrisées ». Aux interrogations du SNES sur la cohérence avec le collège, où selon les experts du ministère, il ne faut évaluer qu’en acquis ou non acquis, il a été répondu par ce même ministère qu’au lycée il faudrait travailler en « binaire détaillé » (sic).

Le cas des Langues vivantes est alarmant : elles ne sont pas placées dans le livret avec les autres enseignements obligatoires (dans quel but ?), la distinction « LV1/2/3 » disparaît, est ajouté le CECRL, les niveaux « A1, A2, B1, etc. » et la compétence « interaction orale ». Le SNES rappelle que les groupes de compétences ne sont pas obligatoire, il ne faudrait pas que ce livret soit lu comme un outil pour mieux les imposer.
On voit enfin apparaître la mention du « B2i », sans qu’on sache si son obtention sera obligatoire pour le bac (comme le B2i-collège pour le DNB)

Au-delà de l’impréparation de la mesure et du surcroît de travail demandé à tous à l’avenir, posons la question du sens : un tel luxe de détails (plus de 100 compétences par élève !) aidera-t-il le jury du baccalauréat davantage que les appréciations des enseignants, et les moyennes de l’élève ?

*2 : un « avis de l’équipe pédagogique » sur « l’investissement de l’élève et sa participation à la vie du lycée », et un signalement (par des cases à cocher) des « engagements et responsabilités de l’élève » dans l’établissement. Cette nouveauté, qui ressemble à la note de vie scolaire en collège, pose de redoutables problèmes :

- D’abord, cet investissement, s’il est louable sur le plan individuel et collectif, peut varier durant le parcours de l’élève du collège au lycée, et il dépend aussi de son élection par ses pairs, du temps que le lycéen choisit ou non de consacrer à ces activités à cette période assez dense de son parcours. Il est en outre conditionné par des limitations concrètes : il n’y a que deux délégués par classe avec leurs suppléants, seulement 20 élus (titulaires et suppléants) au CVL … Tous les élèves ne pourront pas « s’engager ».

- De plus, cet engagement est une démarche personnelle, qui n’appartient pas au devoir du lycéen. C’est un acte individuel et gratuit qui ne relève pas d’une évaluation scolaire. Si gratification il doit y avoir et la question reste entière, elle doit porter sur un autre plan que celui de l’évaluation (qui serait une forme de « rémunération » de l’investissement), notamment dans la qualité du fonctionnement de ces instances participatives et associatives, dans la reconnaissance de leur action et dans les moyens qui leur sont accordés.

- Enfin, évaluer cet investissement implique en creux une norme sociale très discriminante tant l’engagement, l’aisance sociale ne sont pas maîtrisés spontanément.

Il faut enfin remarquer que ces nouveaux livrets scolaires ne comportent plus que 3 « avis » possibles pour le bac : très favorable, favorable, doit faire ses preuves. La suppression de l’avis « assez favorable », inventé à l’origine pour valoriser les élèves sérieux et travailleurs, mais avec certaines fragilités, traduit peut-être l’orientation réactionnaire des réformes actuelles, tournant le dos à la démocratisation du lycée.

L’arrivée tardive de ce livret ne permet pas aux enseignants de s’en approprier les items. Le SNES ne saurait accepter qu’il soit imposé aux collègues de renseigner l’intégralité des items.

Articles publiés dans l’Université Magazine
Présentation générale du projet de livret scolaire
Les compétences au lycées : peu convaicant

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