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Nouvelles épreuves du baccalauréat en SES

Le ministère vient de rendre publique une note de service qui changera en profondeur les épreuves du baccalauréat. Le projet initial avait fait l’objet de critiques et de propositions d’amendements formulées par le SNES et par l’association de spécialistes (APSES). Alors que le ministère déclarait attendre ces propositions, aucun changement, si minime soit-il, n’a été apporté au projet de note de service. Le SNES ne peut que déplorer le fait du prince, ce texte n’ayant fait l’objet d’aucune concertation dans sa phase préparatoire ni de prise en compte des propositions constructives formulées dans les amendements.

Les changements concernent essentiellement l’épreuve de synthèse et s’inscrivent dans la logique des modifications des programmes de SES, invitant à moins « problématiser » et à davantage « restituer des connaissances ».

Une démarche et une procédure précipitées, tenant les enseignants à l’écart :

Ce projet ne consiste pas en un toilettage des épreuves, il va bien plus loin : si la dissertation est peu modifiée, le texte supprime la deuxième épreuve (« question de synthèse étayée par un travail préparatoire », QSTP) pour la remplacer par une « épreuve composée » radicalement nouvelle dans sa structure et sa nature pédagogique. Or, il n’y a pas eu de bilan précis sur les actuelles épreuves, et notamment sur la QSTP : si cette épreuve est souvent critiquée par les collègues, aucune analyse unifiée n’a été menée par l’IG (à notre connaissance). On aurait pu éviter de « jeter le bébé avec l’eau du bain » et améliorer l’épreuve, en s’inspirant des sujets d’oraux de 2nd groupe, par exemple. Les enseignants n’ont pas été consultés sur les défauts et qualités des actuelles épreuves. Très peu d’entre eux ont été associés à la définition de la nouvelle « 2nde épreuve » (« épreuve composée ») : la procédure a été opaque, et on découvre le nouvel exercice déjà tout prêt. Une fois de plus, le MEN / l’IG traite les enseignants, qui sont aussi des experts de leur métier, comme quantité négligeable…

Dissertation : des modifications ambivalentes :

La proposition de s’en tenir à des documents « factuels » va dans le bon sens, mais ne fait que reprendre ce qui était déjà affirmé dans la précédente note (BO du 4/09/1997). Or les dérives actuelles ont eu lieu dans le cadre de cette note de 1997 : qu’est-ce qui garantit que les mêmes dérives n’auront pas lieu ? La limitation du nombre de textes dans le dossier documentaire, et le caractère facultatif de ce type de document, sont contestables : les savoirs en SES, tout comme les enjeux politiques auxquels ces savoirs font écho, ne se réduisent pas à des chiffres. Cette disposition est une dégradation de la formation intellectuelle des élèves. Si actuellement les textes sont trop peu souvent factuels, ce n’est pas à cause du « texte » en soi, c’est un problème de choix des documents et de contrôle du respect des procédures de confection des sujets. Le SNES demande qu’il soit écrit que le dossier « comporte obligatoirement au moins un texte factuel ». Certains flous de l’épreuve demeurent, alors qu’on aurait pu les clarifier à cette occasion : quel est le statut du dossier documentaire ? Est-il obligatoire pour les élèves de s’en servir ? Tous les ans, cette question revient au moment du bac. Ce texte n’avance pas sur cette question. Le SNES demande que l’IG dise clairement ce qu’il en est.

Epreuve composée : une conception pédagogique à revoir en entier.

Cette épreuve -* ne demande à aucun moment aux élèves de « poser et traiter un problème », alors même que le programme se veut plus « scientifique », et que le propre de l’esprit scientifique, c’est justement ce « sens du problème », la capacité à voir qu’il y a des problèmes là où au premier abord tout paraît évident. C’est le principe même de « l’esprit critique », et c’est une dimension fondamentale de la formation intellectuelle des élèves en SES, qui est totalement oubliée dans cette épreuve. L’épreuve comporterait trois parties : 1. : mobilisation des connaissances (6 points) ; 2. : étude d’un document (4points) ; 3. : raisonnement s’appuyant sur un dossier documentaire (10 points). Ces parties peuvent porter sur des champs différents du programme et n’ont pas vocation à constituer un « tout » homogène.

  • Partie 1 : peut-on « mobiliser des connaissances », c’est-à-dire les mettre en mouvement, dans un exercice totalement statique et restitutif de « mécanismes et notions de base » ? Il ne s’agit pas de « mobiliser des connaissances », puisqu’il n’apparaît aucun problème à traiter.
  • Partie 2 : outre la même hiérarchie entre texte et document chiffré, le projet de note de service laisse entendre que cette partie est totalement centrée sur le document lui-même, et oublie le problème que ce document voulait traiter (car aucun tableau et aucun texte ne sont construits sans un problème à résoudre). On semble se centrer sur la technique et le savoir-faire, en oubliant que c’est le « problème à résoudre » qui justifient leur mise en œuvre (empirisme abstrait). Les « informations » apportées par le document, et les « limites » de ce document, ne peuvent exister que par rapport à une problématique. Or la formulation « question générale » ne dit pas les choses clairement.
  • Partie 3 : on demande simplement de « développer un raisonnement », alors que la dissertation demande de « traiter un problème » et de « construire une argumentation ». Il n’est donc pas demandé aux élèves de construire une argumentation, c’est-à-dire une organisation d’idées et d’informations pour démontrer une thèse (et la nuancer, la critiquer). La formulation « raisonnement » tire l’exercice vers le simple exposé de mécanismes théoriques (alimenté par des documents factuels). On peut donc imaginer qu’on demandera simplement aux élèves de « développer un raisonnement keynésien » sans aborder sa critique libérale, ou de « développer un raisonnement holiste » sans aborder sa critique individualiste méthodologique. Mais que vérifie-t-on alors de la formation « du citoyen » à travers cet exercice ? L’esprit critique, plus largement l’esprit scientifique, ne consistent-ils pas justement à faire des liens, à voir les oppositions, les clivages, les recoupements ? N’est-ce pas justement çà le « B-A-BA » du « raisonnement » rigoureux ? Les consignes aux rédacteurs de sujet demandent de ne pas formuler, dans cette partie, une question qui « suggère une réponse sous forme de débat ou d’opposition » : veut-on dire qu’il ne faudra pas de débat ou d’opposition dans le sujet, qu’il ne faudra donc qu’un seul point de vue sur tel ou tel problème économique ou social ? Est-ce ce que l’on attend d’un élève de terminale ES, à savoir qu’il ne sache pas faire de liens entre idées, mais juste développer des idées prises dans un catalogue ?

Pour le SNES, les consignes de cet exercice devraient donc comporter des références aux « problèmes » et à « l’argumentation », comme dans la dissertation. Encore une fois, il aurait été souhaitable que le ministère procède à une consultation des enseignants !

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