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Un film de Ange Leccia (France)

"Nuit bleue" Sortie en salles le 13 avril 2011

Un jeune femme, Antonia, revient en Corse à l’occasion de la disparition en mer d’un de ses proches. Hésitant entre son ancien amour, Ettore et un jeune homme angélique, elle est confrontée au milieu masculin du nationalisme armé.

"Nuit bleue" évoque les nuits d’attentats en Corse avec une sensibilité romantique qui convient parfois au récit.
Le film est constitué, dans toute une première partie, de bribes de scènes qui s’attachent plus à un esthétisme souvent pictural qu’au sujet évoqué. Il prend une autre tournure dans sa seconde partie, devient plus linéaire. Les personnages se dessinent, l’action et les intentions se précisent même si le récit conserve jalousement ses zones d’ombre.
On en arrive dans le troisième tiers du film aux codes éprouvés du film d’action avec l’apparition des hommes en uniformes, des armes, des explosions et des scènes d’hélicoptères.
Le film acquiert en même temps qu’une certaine limpidité, une sorte d’ampleur qui renvoie à la violence des éléments visibles sans la première partie, tempêtes en mer, bourrasques violentes, pluies diluviennes.
Mais " Nuit bleue" ne livre jamais totalement ses secrets. Des moments, en contraste total avec le ton dominant, déconcertent. Ainsi ces parties de foot en solitaire ou en équipes, parfois nocturnes, qui reviennent en leitmotiv, appartiennent-elles au sujet central ou sont-elles de simples intermèdes ludiques ?
Il en est de même pour la musique ou l’on va des chants polyphoniques à Tino Rossi au cours de la séquence, où on voit sur un écran de télévision un extrait de "Naples au baiser de feu" en passant par "Ne dis rien" une chanson de Gainsbourg qu’il enregistra avec Anna Karina.
Le titre "Ne dis rien" fait-il référence au silence "omerta", un élément de la culture corse ?
Ange Leccia, vidéaste et photographe du tout début des années 80, travailla beaucoup en référence au cinéma. On pourrait dire que dans "Nuit bleue" il fait le contraire et que son cinéma est ici très marqué par l’art photographique.
Il est photographe quand il filme la fureur d’une tempête, les explosions d’écume, une barque qui vient se fracasser contre les rochers, les alvéoles moussues d’un rocher ou la densité du maquis..
"Nuit bleue" est un exercice de style au service d’un sujet politique. Les belles images servent un récit qui reste en de nombreux points, énigmatique. On aurait aimé parfois une plus grande lisibilité pour mieux comprendre les intentions d’Ange Leccia.
Fascinant parfois, mais un peu frustrant.
Francis Dubois

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