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Un film de Werner Schroeter (France-Portugal-Allemagne)

"Nuit de chien" sortie en salles le 7 janvier 2009

A sa descente du train, en gare de Santamario, ville assiégée, Ossorio se trouve mêlé à une foule de gens en fuite et de soldats fatigués. Ossario a autrefois combattu les troupes du Général Fraga, celles-là même qui aujourd’hui tiennent la ville sous leur coupe.
Sa bonne humeur au milieu de la débâcle générale, il la puise dans le plaisir de retrouver prochainement Clara, la femme qu’il aime, journaliste engagée ainsi que ses anciens compagnons de lutte.
Mais celle qu’il aime et qui l’a sans doute appelé pour fuir avec lui, n’est plus là et ses anciens alliés ont bien changé. La situation leur a fait prendre d’autres chemins et les discours ne sont plus ceux d’autrefois. Face à une milice ivre de pouvoir, chacun n’a plus maintenant que le souci de sauver sa peau.
Werner Schroeter est, avec Fassbinder, Werner Herzog, Schlöndorff et Wenders une des figures phares du nouveau cinéma allemand des années 70. Cinéaste exigeant, esthète peu enclin aux narrations linéaires, on a souvent rangé un peu hâtivement son cinéma, classé intellectuel, dans la catégorie des films expérimentaux et d’un abord difficile.
Cette fois-ci, le producteur Paulo Branco a demandé à Werner Schroeter de faire un film que les spectateurs pourront comprendre sans avoir recours à des "clés".
Adapté par Gilles Taurand du roman de Juan Carlos Onetti,"Nuit de chien" est un film sombre mais limpide sur un Etat en pleine dissolution, exposé à tous les accès de barbarie, à la sauvagerie d’un pouvoir totalitaire et à toutes les dérives et trahisons qui en découlent.
Les déambulations d’Ossario dans la ville, la nuit, à la recherche d’un passé englouti se font dans les éclairages mordorés d’un lupanar, les velours fanés d’un ancien Palais, sur les pavés luisants des rues d’une ville fantôme. Images magnifiques hantées par le danger qui guette. Un univers pessimiste peuplé de marins, de prostituées et de traîtres. Décors crépusculaires d’une humanité en faillite.
Mais tout à coup, en total décalage avec la noirceur ambiante, survient un moment délicieux avec la dégustation d’un vieux cognac. Et pas étonnant qu’il ait fait appel pour jouer l’hôtesse restée sereine dans la tourmente à cette vieille complice, merveilleuse Bulle Ogier.
Il nous offre une autre parenthèse lumineuse et drôle avec les retrouvailles d’Ossario et de Maria de Souza .Ce bain qu’ils prennent ensemble dans l’eau tiède de la baignoire sous le regard insolent de Vittoria, la fille de Barcala est un moment de fantaisie, d’humour et d’insolence réjouissant.
Si Schroeter est un esthète il est certainement aussi un amoureux des acteurs et il le prouve ici. Qu’il réunisse pour un couple de gestapistes sanglés dans leurs cuirs noirs le duo Caravaca-Todeschini, qu’il noie dans un déluge de plumes un Sami Frey grandiose, ensanglante et fasse tomber à terre la pulpeuse Amira Casar, ressuscite Nathalie Delon ou qu’il donne le temps d’une brève participation à Elsa Zilberstein l’occasion d’une magnifique composition, il le fait avec un soin, une minutie, une délectation communicative qui relève de l’hommage.
Werner Schrieffer réussit avec « Nuit de chien » une œuvre de fiction âpre, superbe, douloureuse qui devrait, quand elle vient en écho aux souffrances de tant de peuples opprimés dans le monde, après avoir émerveillé par ses lumières, mettre en garde contre toutes les dérives humaines.
Francis Dubois

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