Actualité théâtrale

Jusqu’au 25 janvier au Théâtre de L’œuvre

« Nuits blanches »

Elle est mariée et a un fils. Son mari est dentiste. Sa vie est rythmée par la cuisine, la vaisselle, les devoirs à surveiller et la piscine. Puis un jour elle ne dort plus. Cela dure dix-sept jours et dix-sept nuits. Elle se lève et lit Anna Karénine.

Théâtre : "Nuits blanches"

On retrouve dans ce monologue, tiré de la nouvelle Sommeil de Haruki Murakami par Hervé Falloux, tous les thèmes chers à l’auteur japonais : la solitude, le détachement progressif d’un individu par rapport à sa famille et à la société, l’incommunicabilité et l’aliénation des êtres enfermés dans une société capitaliste corsetée, comme l’est la société japonaise. L’héroïne ne se révolte pas contre le quotidien, les gestes et les phrases inlassablement répétés, c’est plutôt un éloignement, l’envie de passer de l’autre côté du miroir qui la pousse. Elle flotte entre le réel et le rêve, retrouve des sensations oubliées, s’interroge sur sa vie, sur son enfermement dans un monde qui lui semble étranger. Hervé Falloux, qui a aussi mis en scène le texte, dit que « l’héroïne est un double de l’auteur, ils possèdent en commun le même rapport à la littérature, au sport, la même facilité à passer dans un monde parallèle et surtout le même rapport à l’art ». En outre on trouve dans la pièce la touche d’insolite, parfois proche du fantastique, propre à Murakami, qui disait « Moi-même, je suis une personne très réaliste. Mais quand j’écris, j’écris de l’étrange ».

La mise en scène épouse cette impression d’irréalité qui s’immisce dans le quotidien. L’actrice évolue dans un décor épuré à la japonaise avec des panneaux tendus sur lesquels des esquisses de Nicolas de Staël font penser à des lavis d’encre de Chine. Une lampe-boule de verre blanc, un fauteuil, blanc aussi, complètent le décor moderne et froid. Le jeu des éclairages révèle des transparences qui renvoient au dédoublement et à l’introspection de l’héroïne.

Et puis il y a Nathalie Richard, blonde, frêle, à la peau d’une blancheur délicate qui porte ce monologue pendant une heure quinze. Femme au foyer apparemment parfaite et insignifiante au début, elle laisse assez vite, à la faveur d’une remarque, poindre les failles du personnage. La douceur, le calme tranquille de l’actrice rendent la chose insolite et interpellent le spectateur. Peu à peu elle révèle combien cette femme est forte, passionnée, déterminée à aller de l’avant, même si cela soulève en elle des inquiétudes. Nathalie Richard accompagne avec subtilité et vérité l’évolution de cette femme. Elle est magnifique.

Micheline Rousselet

Du mardi au vendredi à 19h, le samedi à 16h, le dimanche à 18h.

Théâtre de l’œuvre

55 rue de Clichy, 75009 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 44 53 88 88

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • Alain Paris chante les fables de La Fontaine
    Est-ce l’horaire ? Est-ce le lieu très excentré près des remparts de l’Oulle ? Il y avait peu de monde pour ce joli spectacle et c’est bien dommage. Alain Paris chante les fables de La Fontaine,... Lire la suite (17 juillet)
  • Beaucoup de bruit pour rien
    La modernité de cette pièce écrite en 1600 est saisissante. Elle est accentuée par la mise en scène intelligente de Salomé Villiers et Pierre Hélie. L’action est placée dans un cadre qui évoque tout... Lire la suite (8 juillet)
  • « Dévotion, dernière offrande aux dieux morts »
    Clément Bondu, écrivain, poète, musicien et metteur en scène en résidence aux Plateaux Sauvages signe le texte et la mise en scène de ce spectacle dont il nourrissait le projet depuis plusieurs années... Lire la suite (3 juillet)
  • « Comment ça va ? »
    Cette question appelle toujours ou presque la même réponse « Bien » ! Pourtant quand on est une comédienne qui vient d’avoir cinquante ans, qu’on a un mari informaticien au chômage et un fils adolescent... Lire la suite (26 juin)
  • « 107 ans »
    Simon a tout de suite aimé Lucie quand il l’a rencontrée dans la cour de récréation et qu’elle lui a parlé de Jane Austen. Simon, assis à une table devant une feuille de papier, se souvient de Lucie qui,... Lire la suite (26 juin)