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Un film de Lou Ye (Chine)

"Nuits d’ivresse printanière" Sortie en salles le 14 avril

La femme de Wang Ping soupçonne son époux d’infidélité. Elle monnaie les services de Luo Haito pour l’espionner. La filature confirme ses doutes mais elle découvre que c’est avec un homme, Jiang Cheng, que Wang Ping la trompe.
Or, Jiang Cheng cesse sa relation avec Wang Ping et se jette à corps perdu avec Luo Haitao et sa petite amie Li ling dans une aventure amoureuse à trois qui donnera lieu à des nuits de totale ivresse.
"Une jeunesse chinoise", précédent film de Lou Ye, qui a suscité les réactions de la censure et l’interdiction de tourner pendant cinq ans pour le réalisateur, levait un tabou et osait montrer la répression de la Place Tienamen.
Cette fois-ci, avec "Nuits d’ivresse printanière" Lou Ye brise un autre tabou, celui de l’homosexualité masculine considérée comme une maladie mentale jusqu’en 2005, année où s’est établi entre le Ministre Adjoint à la Santé et les associations d’homosexuels et de lutte contre le sida, un premier dialogue encourageant.
Deux garçons, Wang Ping et Jiang Cheng, roulent en voiture sous une pluie battante. Celui qui tient le volant arrête la voiture et dit à l’autre "on va pisser". La scène suivante les retrouve au lit, pris dans une étreinte brûlante. Il n’y a chez Lou Ye aucune prudence narrative, aucune des précautions habituelles. Les ellipses sont brutales et l’urgence du désir ne l’est pas moins.
Les personnages de "Nuits d’ivresse printanière" sont encore des jeunes gens pris dans un flottement d’incertitude, dans une difficulté à cerner tout à fait leur propre identité. Ils ne sont pas encore vraiment installés dans la vie. L’un est un libraire dilettante, l’autre est ouvrière dans une usine textile de contrefaçons et chacun est à la frontière de son devenir.

"Nuits d’ivresse printanière" est un film d’amour, un film sur le désir. Les corps des garçons sont filmés de très près dans leur nudité, au cours des ébats amoureux. La frontalité, la force de ces scènes sont là pour révéler la priorité qu’accordent les protagonistes à l’assouvissement de leur désir. Le plaisir est à ce moment là l’essentiel. La réalité des choses, les contraintes au quotidien, la douleur de l’autre, la remise en cause des promesses passent au second plan. Il n’y a dans tout ça rien de masqué mais rien non plus de magnifié.
"Nuits d’ivresse printanière" est un film nocturne, un film d’intérieur, de chambres. Les trahisons y sont feutrées, négligées, mais les rancunes y sont plus tenaces que les élans amoureux.
Le film avait commencé avec l’apparition dans le champ de trois magnifiques fleurs de lotus. Il s’achève avec une fleur gravée sur le cou de Wang Ping dont le tracé suit le fil d’une longue estafilade, séquelle de la vengeance de l’épouse bafouée. Il y a un proverbe chinois qui dit "Une fleur est l’image du monde"…
Francis Dubois

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