Actualité théâtrale

Au Théâtre de l’Aquarium

"Œdipe-Roi" Du 13 novembre au 15 décembre

Nous connaissons tous l’histoire d’Œdipe, roi de Thèbes, appelé par ses sujets à tenter d’enrayer l’épidémie de peste qui ravage la ville. Les oracles révèlent que la malédiction pèsera sur la ville tant que le meurtre de l’ancien roi, Laïos n’aura pas été démasqué. Œdipe va alors ordonner une enquête.

Comment expliquer qu’une tragédie écrite il y a 2500 ans, pour un monde qui n’avait rien à voir avec le nôtre, nous touche encore autant ? C’est qu’Œdipe-Roi apparaît comme un modèle presque parfait de la tragédie grecque : un héros qui semble avoir totalement réussi sa vie, victime de la vindicte des Dieux et sur qui le destin va s’acharner, un héros qui se lance dans la quête de la vérité, doute, s’aveugle devant les preuves qui s’accumulent et n’a plus comme solution quand la vérité lui saute aux yeux, que de s’aveugler physiquement. Si notre monde ne croit plus guère aux Dieux, la sensibilité au sort du héros déchu, malmené par le destin, reste intacte et nombre de questions abordées dans la pièce font toujours sens. En outre comment ne pas être ébranlé par la fin terrible de la pièce, lorsque Créon dit à Œdipe, devenu aveugle, de partir et, face au désir de ce dernier de partir avec ses filles, d’ « arrêter de toujours vouloir ».

Il faut saluer le très beau travail du metteur en scène, Antoine Caubet, sur ce texte. La traduction signée par lui, restitue la beauté du texte, ses moments implacables comme sa poésie. Lorsque la tragédie démarre, la salle reste éclairée tandis qu’une comédienne restitue la pièce et rappelle qu’on ne sait rien de l’unique représentation qui en a été donnée ni des réactions des spectateurs. Comme décor, des gradins de bois, des planches qui n’ont rien du palais d’un Roi, non plus que les costumes, ordinaires et contemporains. On entre dans la pièce avec quelques phrases de Grec et la tragédie démarre. Antoine Caubet a fait un choix assez radical dans le traitement du chœur, dont le propos, dit-il, relève d’une morale un peu vague. Deux comédiennes psalmodient, une dit le texte, l’autre est dans une sorte d’incantation, puis elles alternent. Le mot ubris répété, la partition contemporaine du violoncelliste Vincent Courtois, le fait que l’on ne perçoive que des éclats de sens créent une sorte d’interlude poétique, qui permet une respiration dans la montée de la tension dramatique. Les éclairages sont aussi pensés de façon à susciter l’émotion : un long noir quand Œdipe s’aveugle, l’éclat récurrent d’une fusion de soudage, dont on ne doit pas regarder la lumière car il peut aveugler. Il faut enfin saluer le travail des comédiens, en particulier Pierre Baux qui campe un Œdipe sûr de son pouvoir au début, qui cherche, doute et se trouve peu à peu emporté dans la tragédie. Clotilde Ramondou est une Jocaste sobre, qui comprend plus vite qu’Œdipe et se perd.

Cette soirée nous propose une très belle relecture d’une pièce que nous croyons bien connaître et qui nous émeut toujours autant. Les élèves, avec qui nous avons échangé à la sortie et qui étaient nombreux au théâtre des Louvrais à Pontoise où la pièce était créée, en semblaient bien convaincus.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h.
Théâtre de l’Aquarium
La Cartoucherie, Route du Champ-de-Manœuvre
75012 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 74 99 61
Le spectacle a été crée du 5 au 7 novembre au Théâtre des Louvrais à Pontoise.

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