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Un film de Gillian Robespierre (États-Unis)

« Obvious child » Sortie en salles le 3 septembre 2014.

Dona Stern est une jeune fille joyeuse et insouciante : Elle a un petit ami qui l’aime et dont elle est amoureuse, un job dans une librairie qui ne lui déplaît pas, une bande d’amis sympathiques et des parents divorcés avec qui elle entretient de bonnes relations.

Le soir, elle se produit sur la scène d’un petit établissement où elle déballe avec un humour ravageur et cru son quotidien intime sous forme de sketches.

Mais du jour au lendemain, sa vie bascule. En même temps, elle découvre que son compagnon la trompe avec sa meilleure amie, elle perd son travail et à la suite d’une aventure d’un soir, se retrouve enceinte.

Elle va devoir laisser de côté son insouciance, assumer ses choix et considérer la vie sous un angle plus grave.

« Obvious child  » était à l’origine un court métrage réalisé en 2009 par Gillian Robespierre, Anna Bean et Karen Maine qui fut présenté avec succès dans de nombreux festivals et visionné par 40 000 internautes.

De quoi donner à la scénariste et réalisatrice Gillian Robespierre l’idée de gonfler le sujet et d’en faire un long métrage.

Il en résulte un film qui réunit pour le meilleur toutes les caractéristiques du cinéma indépendant américain.

Et Dona Stern peut être vue comme une parente pas très éloignée de «  Frances Ha  » l’héroïne du film de Noah Baumbach (2012).

Frances Ha caressait le projet de devenir danseuse .Elle se nourrissait de cet espoir sans pour autant se donner le moyen de réussir et plus globalement, reculait autant que possible le moment d’accéder à une gravité constructive.

Dona Stern se satisfait de son existence telle quelle et chaque élément qui compose sa vie contribue à lui procurer une satisfaction globale qui suffit à satisfaire sa nature optimiste.

Qu’importe si la base de l’édifice est fragile.
Quand soudain, le sol se dérobe sous ses pieds, elle est démunie car elle n’avait jamais anticipé son avenir et sa seule soupape compensatoire était le spectacle qu’elle donnait le soir devant un public complice où elle dévoilait jusqu’à l’indécence, son intimité.

« Obvious child  » est une comédie grinçante qui sonne juste.

La société actuelle y est montrée dans tout ce qu’elle a de contradictoire, à travers le portrait d’une jeune femme prise dans ses filets à la fois attractifs et destructeurs.

Dona Stern en est d’autant plus la victime toute désignée, que la détermination et l’audace dont elle fait preuve, la conduisent à une extrême fragilité.

Les atouts dont elle dispose pour résister ne sont qu’illusoires. Ils fondent comme neige au soleil dès que les problèmes qui surgissent touchent à l’universel et que pour y faire face, il faudrait puiser dans une réserve intime qui fait tout à coup défaut.

Gillian Robespierre donne à son récit toutes les échappatoires pour lui éviter de tomber dans une tonalité sombre et son parti pris de ne jamais s’éloigner de la légèreté qui caractérise son personnage donne à cet « arrêt sur image » une vraie densité « non dramatique ».

Francis Dubois

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