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Un film de Daniel et Diego Vega (Pérou)

"Octubre" Sortie en salles le 29 décembre 2010

Clemente est prêteur sur gages à Lima. Son père l’était déjà. Il est connu comme un homme rigoureux, non dépourvu d’humanité mais bourru, peu communicatif.
Un jour, on dépose chez lui, en son absence, dans une corbeille, un nouveau né, le fruit de sa relation avec une prostituée qui depuis, a levé le camp.

Voilà cet homme solitaire flanqué d’un marmot bien encombrant.
Pour s’occuper de l’enfant, il finit par faire appel à Sofia sa voisine, une vieille fille qui voit là l’occasion de se rapprocher de Clemente auquel elle n’a jamais été insensible.
La très dévote Sofia voue un culte au Seigneur des Miracles, fêté chaque année en octobre depuis des siècles.
La capitale péruvienne, pendant dix jours, se consacre à la foi et à la prière et les fidèles vêtus d’habits violets défilent en processions. Les maisons sont décorées. Pétards et feux d’artifice explosent et la ferveur catholique est à son comble les 18 et 19 octobre. Cette fête est l’une des plus importantes fêtes religieuses de l’Amérique du Sud.
Le film de Daniel et Diego Vega est lié à cette tradition par le biais du personnage de Sofia et il insiste sur l’incidence de cette croyance sur le subconscient des péruviens.
Le récit repose presque essentiellement sur le personnage de Clemente et dresse le portrait d’un homme seul et profondément solitaire dont l’existence consiste en des actes sans cesse répétés. Les entretiens avec les personnes qui viennent déposer en gage ce qu’ils possèdent de plus précieux contre un prêt, sont des moments éprouvants quand ils reflètent l’immense misère contre laquelle il faut lutter quotidiennement pour survivre. Sa visite régulière à une prostituée avec laquelle il n’établit aucun lien affectif. Sa vie organisée se trouve coup sur coup bouleversée par l’apparition du bébé et par celle de Sofia, cette femme dont il sent qu’elle s’attache à lui et souhaiterait par l’intermédiaire de l’enfant, fonder une famille.
Situé dans les quartiers pauvres de Lima, "Octubre" parle de la misère de ces populations, montre les appartements vétustes, privés de confort, les murs abîmés, le mobilier réduit au strict nécessaire. Mais aussi les conséquences de cette pauvreté, la solitude, le désespoir, l’incapacité d’entretenir des relations saines avec les autres. Cependant, la description de cette misère n’entame jamais la dignité que certains trouvent dans la pratique de la survie et d’autres dans la foi qui permet d’accéder à une certaine sérénité.
Sofia vénère le Seigneur des Miracles, celui qui donne sans rien recevoir en échange. Pourtant elle est attirée par Clemente qui est tout le contraire : quelqu’un qui donne mais en échange d’une contre partie…
"Octubre" est un film rude sur la rencontre de deux êtres en souffrance. L’un qui défend son autonomie, sa condition d’homme seul. L’autre, au contraire, qui avance, tente de changer sa vie et pour cela, prend des risques.
"Octubre", sélectionné à Cannes 2010 dans la section "Un certain regard" a obtenu le Prix du Jury.
Francis Dubois

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