Actualité théâtrale

au Théâtre de La Commune d’Aubervilliers

"Oh les beaux jours" Jusqu’au 17 février

Au premier jour Winnie est enfoncée dans la terre jusqu’à la taille. Elle peut bouger la tête et les bras et elle nous parle avec lucidité, et pourtant avec une discrétion et une élégance exquise, du temps qui passe, de la vieillesse et de son amour de la vie. Winnie sait sa fin prochaine mais elle revient toujours au présent et à la beauté de la vie. Son discours est un hymne à la vie qui existe encore. Avec la vieillesse la vie devient vide peu à peu, mais Winnie a l’élégance de faire face, d’être encore capable de rire, de vanter « le vieux style », de dire « oh les beaux jours », de s’émerveiller devant les petites choses et de dire à Willie, que l’on ne fait qu’entr’apercevoir, qu’elle a besoin de lui. Le second jour Winnie n’a plus que la tête qui dépasse. On est fixé sur ses yeux et sa voix. Son discours oscille entre d’une part l’obscurité du désespoir, de la vie qui passe, du corps qui vieillit, qui s’enfonce et d’autre part l’esprit qui s’accroche à la vie, à la présence de Willie dont elle a impérativement besoin pour continuer à avancer. La tristesse face au temps qui passe, la mélancolie quand on pense à ce qu’on a été, la tentation du suicide même sont plus présentes et pourtant la pulsion de vie l’emporte.

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Samuel Beckett situait sa pièce dans un désert qui se consume, un espace vide où ne reste à côté de Winnie que son sac à main, empli d’objets dérisoires mais symboliques. Ici Winnie est prisonnière d’une toile de plastique noir brillante où les éclairages révèlent des rougeoiements, à l’image de la vie qui couve sous la cendre. Winnie est dans le noir et elle rend hommage à la lumière qui l’éclaire et la rend encore vivante.

Pour servir la langue de Beckett avec ses silences, ses ruptures et ses variations qui suivent la pensée de Winnie, ses moments de chagrin et sa capacité à s’émerveiller comme une enfant devant la vie, il faut une actrice capable de toutes les nuances. Les plus anciens se souviennent de Madeleine Renaud qui fut une merveilleuse Winnie. La metteuse en scène, Blandine Savetier a choisi de faire jouer le rôle de Winnie par un homme, Yann Collette. Depuis Shakespeare et le théâtre japonais, nous acceptons qu’un homme puisse jouer un rôle de femme et qu’une jeune fille puisse être interprétée par une femme d’âge mûr. L’important est le rapport du comédien au personnage et au texte. On sait que Beckett, quand il écrivait Oh les beaux jours empruntait le rouge à lèvres et le miroir de sa femme pour expérimenter ses propositions et les affiner. Comme le dit la metteuse en scène, « Beckett regarde une femme à travers lui-même. Yann Collette reprend à son compte ce regard d’homme posé sur la femme » et il habite complètement ce rôle. Cette inversion ajoute à la réflexion que suscite le texte. Ici tout est illusion. Winnie fait comme si tout allait continuer, comme si l’ombrelle qu’elle vient de brûler ou le miroir qu’elle vient de casser seront encore là demain, mais elle sait qu’elle va mourir et à la fin, lorsque Yann Collette chantonne « heure exquise qui nous grise », une chanson qui évoque les désirs fous et la promesse du moment, on est bouleversé.

Micheline Rousselet

Mardi et jeudi à 20h, mercredi, vendredi et samedi à 21h, dimanche à 16h30.
Théâtre de la Commune
2 rue Edouard Poisson, 93304 Aubervilliers
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 33 16 16

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