Actualité théâtrale

Théâtre du Lucernaire

"Oleanna" Jusqu’au 1er septembre

Un professeur reçoit une étudiante en difficulté, tout en réglant au téléphone un problème d’achat de maison. Tout les sépare. Il est brillant, sur le point d’être promu, il a le pouvoir de décerner ou non les diplômes et manie la langue avec une aisance qui écrase son interlocutrice. Elle dit venir d’un milieu défavorisé, elle est perdue, ne comprend rien au livre qu’elle doit étudier et n’a aucune confiance en elle. Sûr de sa position intellectuelle et sociale, il est désireux de l’aider. Tout semble clair et pourtant, avec une habileté diabolique, David Mamet (par ailleurs scénariste des Incorruptibles) va bouleverser toutes nos certitudes. L’étudiante va révéler une puissance destructrice extravagante et, décontextualisés, tous les mots du professeur vont se retourner contre lui.

Ce texte brillant nous entraîne dans une réflexion sur la puissance des mots, sur les manipulations qu’ils permettent, sur les ressorts compliqués du pouvoir et sur les dérives totalitaires à l’œuvre dans nos sociétés. Assistons-nous simplement à la confrontation d’un professeur et d’une élève frustrée ou à un complot d’élèves prêts à utiliser tous les arguments, même les plus vils, contre un professeur libéral et ouvert ? Ce qui est fascinant dans ce texte c’est que tout peut basculer à tout moment.

La scénographie choisie est simple. Une table, un téléphone permettent au professeur de marquer sa place, tandis que l’étudiante serre un dossier, à la fois protection et objet de sa visite au début, mais qui va ensuite se transformer en acte d’accusation.

Deux acteurs sont au service de ce ping-pong verbal et ils sont éblouissants. David Seigneur incarne ce professeur, qui tout en réglant des problèmes domestiques, déploie une sollicitude un peu condescendante pour cette étudiante tout à fait dépassée. Il parle sûr, il parle vite, confiant dans son savoir et son agilité intellectuelle, qui lui permet de régler plusieurs problèmes à la fois. Mais son assurance va peu à peu le quitter, il est déstabilisé, voire dominé. L’acteur passe d’un registre à l’autre avec une égale capacité à convaincre. Marie Thomas montre autant de brio à suivre le chemin inverse. L’étudiante geignarde, qui tente de s’accrocher mais semble convaincue de ses insuffisances, se transforme en manipulatrice perverse au service d’une cause. Tous deux encouragent une lecture à différents niveaux de leur partition. Cette joute n’oppose-t-elle qu’une étudiante à un professeur ou est-elle plus largement le reflet de la montée de totalitarismes divers, de jeux de pouvoirs entre les sexes et entre dominants et dominés ?

Le sujet est passionnant, le texte brillant et les acteurs remarquables. Courez-y !

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h
Le Lucernaire
53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 44 57 34

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