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Un film de Roschdy Zem (France)

"Omar m’a tuer" Sortie en salles le 22 juin 2011

Omar Raddad était jardinier. Il travaillait pour Ghislaine Marchal, dans sa villa de Mougins.
Le 24 juin 1991, celle-ci est retrouvée morte dans la cave de sa résidence. L’inscription au sang qui figure sur la porte, au dessus du cadavre, Omar m’a tuer, accuse le jeune marocain qui est arrêté quelques jours plus tard et écroué à la prison de Grasse.

© Mars Distribution

Pendant ses sept années d’incarcération, Omar Raddad, défendu par l’avocat Vergès, ne cessera de clamer son innocence.
Un écrivain, Pierre Emmanuel Vaugrenard, derrière lequel se cache Jean-Marie Rouart, spécialiste des causes judiciaires perdues, convaincu de l’innocence du jeune homme, s’installe à Nice pour mener ses propres investigations.
Aidé de son assistante, s’appuyant sur les rapports des procès-verbaux de gendarmerie, sur des témoignages et sur les vides de l’enquête, il rédige un ouvrage sur l’affaire.
La France entière a en mémoire, l’inscription écrite du sang de la victime et la célèbre faute d’orthographe.
On comprend les raisons pour lesquelles le producteur-réalisateur Rachid Bouchared, l’initiateur du projet, et Roschdy Zem qui en a assuré la réalisation, se soit passionnés pour ce fait divers qui a fait la une des médias en son temps. L’envergure de l’affaire était tentante et le comédien Sami Bouajila semblait tout désigné pour jouer de façon convaincante ce jeune maghrébin placide, analphabète, égaré dans une affaire qui semblait le dépasser.
Même si les scénaristes se défendent d’avoir voulu faire une quelconque révision de l’histoire, les questions que pose le film suffisent à prouver l’innocence de Raddad. Une femme agonisante aurait-elle pu écrire de son propre sang, Omar m’a tuer, sur la porte au-dessus d’elle, à deux reprises, plongée dans l’obscurité, sans superposer les inscriptions ?… Pourquoi les vêtements du jeune homme ne portaient-ils aucune trace de sang ? Pourquoi les photos prises par la victime peu avant sa mort ont-elles été détruites prématurément ? Pourquoi la victime a-t-elle été incinérée quatre jours après sa mort à la suite d’une seule autopsie trop sommaire…
Mais si fidèle soit-il à la réalité des faits, ou peut-être à cause de cette fidélité, le film de Roschdy Zem ne parvient ni à donner un éclairage intéressant à cette histoire et par là même ni à convaincre.
Pourquoi, après la projection a-t-on cette curieuse impression que l’histoire pathétique de cet homme ne s’est jamais vraiment imprimée sur l’écran ? A-t-on trop demandé à Sami Bouajila de jouer en trop constante retenue ? Et pourquoi, pour traiter cette affaire singulière est-on passé par tant de clichés dans le récit : la vie en prison, le déroulement du procès, les scènes montrant la famille maghrébine maintes fois représentée dans les mêmes formes, avec les mêmes personnages, dans le même décor. Et même était-ce une bonne idée de faire reposer le récit à égalité avec celui de Raddad, le personnage de l’écrivain acharné à trouver la vérité, personnage lunaire flanqué d’une assistante qui n’a pas froid aux yeux, qui le guide instinctivement sur les bonnes pistes et qui ne se différencie en rien de l’assistant(e) des feuilletons policiers télévisés…
Tout cela affaiblit considérablement le propos, en réduit le portée et la question qui se pose est de savoir si on peut construire une fiction en respectant aussi fidèlement un matériau documentaire. Le film de Roschdy Zem n’apporte aucun éclairage nouveau à un fait divers dont on sait déjà tout.
Francis Dubois

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