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Un film de Stéphane Cazes (France)

"Ombline" Sortie en salles le 12 septembre 2012

A vingt ans, Ombline a déjà derrière elle, une existence bien cabossée. Une mère décédée quand elle était encore bébé, un père taulard, une adolescence passée dans des centres d’accueil et quand elle croit avoir rencontré le grand amour, un "accident de parcours" qui lui vaut une condamnation à trois ans de prison.

C’est là que sa voisine de cellule lui dévoile les raisons des nausées dont elle est prise de plus en plus fréquemment.

Le petit Lucas ne connaîtra pas d’autre décor que l’exiguïté et les murs hostiles de la nursery de la Maison d’arrêt au cours des dix-huit mois pendant lesquels la loi accorde à une mère taularde de garder son enfant auprès d’elle.

Ombline aura beau faire des efforts pour adopter un comportement irréprochable, elle sera rattrapée par la violence et il suffira d’un ou deux débordements pour que son enfant lui soit retiré et qu’il soit placé en famille d’accueil.


Avec un tel sujet, on pouvait s’attendre au pire, mais le film de Stéphane Cazes, tout en pudeur et sobriété, échappe aux larmoiements et aux clichés. Il y échappe grâce à une caméra qui filme au plus près des corps et des visages et surtout grâce à l’interprétation de Mélanie Thierry qui avait disparu des écrans depuis " La Princesse de Montpensier" (sauf une courte apparition dans " Impardonnables" d’André Téchiné) et qui fait avec le personnage d’Ombline, un retour de toute beauté.

Quand on filme entre les quatre murs d’une cellule, une mère et son bébé, les séquences ne peuvent être que répétitives mais la réduction de l’’espace, si elle limite la diversité des possibilités, le jeu des lumières, la profondeur d’un décor, donne en revanche une force, une autre authenticité au moindre moment de jeu, de lecture, à la moindre étreinte, au rapprochement de deux visages.

L’image se densifie et Mélanie Thiérry parvient derrière le masque d’une cruelle fatalité, à travers la fixité du regard, dans "l’absence" même, à traduire une émotion à couper au couteau.

Si l’enchaînement des événements a la main mise sur le personnage, le saisit, l’immobilise et lui laisse un champ de choix limité, il y a chez Ombline, même au plus bas du désespoir, de sa révolte muselée, une force à peine perceptible mais bien réelle, qui se révélera être le ferment de sa libération intérieure.

Stéphane Cazes tout en réalisant des courts métrages, en étant assistant réalisateur, chef opérateur ou monteur, a été bénévole pour plusieurs associations en milieu carcéral et est ainsi intervenu dans plusieurs prisons pour faire de l’alphabétisation, du soutien scolaire ou animer des séances d’activités socioculturelles.

Ces expériences résonnent ici en donnant aux scènes à l’intérieur des cellules, aux rapports entre détenues, aux rapports entre les détenues et les matonnes, une valeur documentaire qui donne une autre intimité à son récit.

Si le dernier tiers du film, celui où, progressivement, Ombline se libère de ses chaînes profondes, voit s’enchaîner des événements trop prévisibles, si avec quelques scènes d’émotion, le récit perd un peu de la maîtrise où Stéphane Cazes le cantonnait jusque-là, il trouve, dans une sorte d’angélisme rugueux, une autre tonalité.

Mais là encore sur le terrain glissant du mélo, le miracle de la mise en scène et de l’interprétation opèrent et le récit reste dans les limites. Le réalisateur aux manettes garde le cap.

Francis Dubois

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