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Un film de Denis Gheerbrandt (France)

"On a grévé" Sortie en salles le 10 septembre 2014.

Elles s’appellent Oulimata, Mariam, Géraldine, Fatoumata. Elles sont une vingtaine de femmes de chambres employées de "Louvre Hôtels" recrutées par une société de sous-traitance et qui, contre un salaire de misère, travaillent pour le deuxième groupe hôtelier d’Europe au bilan financier annuel plus qu’excédentaire.

Au début, les femmes de chambres se plaignaient surtout d’erreurs à leur désavantage sur leurs fiches de paie. Elles n’osaient pas aller plus loin dans les revendications, de crainte de perdre leur emploi. Surtout, que la plupart d’entre elles sont illettrées et fragilisées.

Elles ne savaient pas que leurs employeurs étaient en train de réinventer l’esclavage.

Le syndicat CGT des Hôtels de Prestige et Économiques compte 560 adhérents sur 4000 salariés du secteur du nettoyage, femmes de chambres ou gouvernantes.

Ce syndicat d’entreprise s’est mis en place à partir de l’ensemble des hôtels qui appartenaient au Groupe Taittinger, des hôtels de première classe, Kyriad ou Campanile.

En 2005, Starwood, fonds d’investissement américain (au chiffre d’affaire de 3,5 milliards de dollars) achète Louvre-Hôtels à la famille Taittinger et revend ses plus beaux fleurons (Crillon, Lutetia…) à des groupes qataris ou saoudiens.

Starwood compte parmi ces groupes qui se donnent comme objectif, quand ils rentrent sur une affaire, de doubler la mise en cinq ans.

On comprend mieux, dans cette logique, que le groupe ait choisi de réaliser sur chaque femme de chambre, une plus-value équivalente au salaire qui lui est versé…

C’est parce que la CGT a pu se constituer une "caisse de grève" grâce aux prud’hommes, qu’elle a été en mesure de mener cette action exemplaire.

C’est ensuite grâce à la détermination des femmes grévistes qui ont fait montre d’une ténacité et d’une solidarité parfaites, que la grève a abouti à des améliorations sensibles de salaire et de conditions de travail.

Face à un nouveau capitalisme s’est dressée la force revendicative des représentantes d’une nouvelle émigration.

Pour faire baisser pavillon à des groupes multimilliardaires, il aura suffi d’un groupe de femmes illettrées venues en France dans le cadre du regroupement familial, isolées dans leur communauté et renvoyées à un "sous-statut" de travailleuses et de citoyennes.

En juin 2014, Louvre-Hôtels a signé une Charte obligeant les sociétés sous-traitantes à payer toutes les employées non plus à la chambre mais à l’heure.

Denis Gheerbrandt a planté sa caméra sur un bord de trottoir et a regardé ces femmes "gréver", s’approprier l’espace public, défier la direction de leur hôtel et mesurer le chemin parcouru hier par la traite des esclaves, aujourd’hui par l’émigration.

Il les a regardées chaque jour prendre un peu plus d’assurance, chanter, danser, se serrer le coudes et faire de la rue un théâtre réjouissant.

"On a grévè" relève à la fois d’une séculaire tradition de résistance et de la lutte des classes à l’heure de la mondialisation.

Francis Dubois

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