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Un film documentaire de Carmen Castillo (France – Belgique)

"On est vivants" Sortie en salles le 29 avril 2015

"Jusqu’où faut-il accepter le monde tel qu’il" ? "A partir de quand faut-il le refuser et s’insurger ?" Faut-il y consacrer, un moment, des années, une vie ?"

Une réponse à chacune de ces questions est devenue une urgence pour la documentariste Carmen Castillo au moment de la mort de son ami et compagnon de lutte, Daniel Bensaïd..

On peut ajouter d’autres interrogations :"De quoi est fait l’engagement politique aujourd’hui ?" "Est-il possible d’infléchir le cours fatal du monde ?"

Carmen Castillo, historienne de formation, est née à Santiago du Chili. Elle rencontre Daniel Bensaïd en 1975 sans qui elle n’aurait pas pu passer de "la survie à l’existence".

Celui-ci, issu d’une famille de juifs pauvres d’Oran, formé aux jeunesses communistes, devenu professeur de philosophie, milite depuis l’adolescence et restera toute sa vie investi avec la même force dans le mouvement anticolonialiste, anti-impérialiste et anticapitaliste.

"Résister, c’est résister à l’irrésistible" cette phrase qu’il aimait à citer correspond-elle à l’engagement, aujourd’hui ?

Cinéma : on est vivants

Partant de mai 1968 et des noms qui sont liés à cette période, Alain Krivine, Daniel Cohn Bendit et Daniel Bensaïd, Carmen Castillo entreprend un voyage avec de nombreux points de destination.

Pour ce périple pour la liberté et la justice, elle se tourne surtout vers la France et l’Amérique Latine, ses deux lieux de vie.

Au Mexique, elle rencontre le sous-commandant Marcos, mais elle a également envie de partager les expériences des Sans Terre au Brésil, un mouvement de lutte qui existe depuis trente ans et qui a permis aux paysans de vivre une vraie vie. En Bolivie, l’élection d’Evo Morales, après des luttes souvent violentes s’est soldée par un combat victorieux.

En France, la ténacité à lutter des "sans", (sans papiers, sans logement, sans protection sociale, sans garantie de travail…) à s’élever contre les injustices, les abus, une exploitation scandaleuse des plus démunis, l’a conduite à les approcher, de la même façon qu’elle a approché les militants au sein d’associations qui fournissent un travail de fourmi, nourris de la conviction que tout acte est politique.

Ce sont les révoltes des banlieues de 2005 qui l’ont amenée, après les événements, dans les Quartiers Nord de Marseille où rien ne s’était produit.

Elle y rencontre Fadela, Fatima, Karima. Elles appartiennent à un collectif qui agit dans les quartiers pour arrêter le cycle de la violence et agiter le chiffon rouge des trafics, drogues, armes.

Ces femmes qui agissent dans des organismes d’aide sociale ou d’éducation représentent sont, pour Carmen Castillo les héroïnes de notre temps.

Elle donne également à entendre le DAL une association qui, avec les réquisitions d’appartements libres, tente de rendre légitime une démarche illégale.

C’est après avoir visionné l’assemblée générale de fin de grève des retraites à la raffinerie Total de Donges, qu’elle rencontre Christophe, délégué CGT qui, avec sa réflexion : "il y a des défaites qui ont le goût de victoire" résume peut être l’état du syndicalisme en France dans cette deuxième décennie de notre vingt et unième siècle.

Cet optimisme aux seins de turbulences sociales rejoint Daniel Bensaïd quand il disait que "militer était le contraire d’une passion triste".

Tous ceux qui apparaissent dans la seconde partie du film de Carmen Castillo font preuve d’une "joyeuse mélancolie". Mais mélancolie tout de même.

Francis Dubois

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