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Un film de Francisco Avizanda (Espagne)

"On verra demain (à l’ombre de Franco)" Sortie en salles le 6 octobre

Madrid, 1953. Gilda Novàs est employée comme dactylo dans une radio, organe de propagande du mouvement ultra catholique. Pour obtenir le poste de speakerine qu’elle a en vue, elle sert d’indicateur avec zèle et fournit au commissaire de police, tous les renseignements qu’elle peut glaner au hasard des couloirs ou en écoutant aux portes.

C’est l’époque où le Général Franco a désigné le catholicisme comme religion d’Etat, rétabli les aumôneries dans les écoles, au sein des syndicats et dans l’armée. L’église est représentée par l’action catholique dans les établissements pénitentiaires et plus spécialement les prisons de femmes et les maisons de correction.
Dans les dictatures, les limites en tout deviennent floues et la société où évolue Gilda est celle de la délation, de la lâcheté et de la répression policière. Une société où le désir de sortir de l’ornière où l’a mise sa condition d’orpheline à la charge de l’église, prime sur la dangerosité de ses actions de délation dont elle est consciente et dont elle mesure bien l’exacte portée.
Gilda, jeune femme frêle mais déterminée, a un visage d’ange et son charme agit sur les hommes qu’elle rencontre. Elle tombe amoureuse et séduit en retour un jeune psychiatre hostile au régime et plait à Cisco, le chef de la radio, un militant communiste clandestin.
"On verra demain" qui est un récit ciselé, est aussi un sublime portrait de femme. Le film qui repose essentiellement sur ce personnage singulier, épouse à la fois son extrême froideur et un bouillonnement intérieur qu’elle tient en réserve. Le visage glacé par sa détermination à réussir, s’éclaire parfois d’un demi sourire quand elle retrouve le jeune psychiatre où lorsqu’elle est sur le point d’atteindre son objectif professionnel.
Gilda n’est que dans cette attente et tout, en dehors de son projet, est réduit au strict minimum. Il faut l’avoir vue consommer son maigre repas sur un coin de table, assise sur un bord de chaise pour mesurer à quel point elle se situe dans le provisoire.
Dans l’univers où elle évolue, il ne lui en coûte rien de savoir que les dénonciations qu’elle commet sans états d’âme, conduisent des hommes ou des femmes, parfois des proches, à croupir en prison ou à subir les pire tortures.
Avec une mise en scène rigoureuse et une direction d’acteurs d’une grande précision, Francisco Avizanda réussit avec "On verra demain" un film d’une belle efficacité qui lève le voile sur la cruauté devenue presque naturelle de l’âme humaine dans certains contextes.
Francis Dubois

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