Actualité théâtrale

au Théâtre Nanterre-Amandiers" jusqu’au 14 avril 2012

"Oncle Vania" d’Anton Tchékhov-mise en scène d’Alain Françon

"Oncle Vania" restait, de toutes les grandes pièces de Tchekhov, la seule qu’Alain Françon n’avait pas encore montée.
Voilà chose faite.
Dans l’habitation de la propriété vivent Sonia, la cheville ouvrière de la maison, Ivan Petrovitch Voïniski, l’oncle Vania, dilettante et bavard, Marie Vassilievna, la mère studieuse Ilia Ilitch Téléguine et Marina, la vieille nounou, sentinelle infatigable qui veille au bien-être de tous et à la bonne marche des choses.
Mickhaïl Lvovitch Astrov, médecin dans la région et ami de la famille, y fait étape pour un moment ou pour une nuit, quand sa tournée le conduit dans les environs et que les intempéries ou l’heure tardive l’empêchent de rentrer chez lui. Il multiplie ses visites depuis qu’Alexandre Vladimirovitch et sa jeune femme Léna Andréevna se sont installés là. C’est qu’il est, tout comme l’Oncle Vania, amoureux de la jeune femme.
Sur le plateau de la grande salle du théâtre Nanterre-Amandiers, une table de ferme et ses deux bancs, deux fauteuils sans style, un buffet sur la gauche et une balançoire.
En toile de fond de grands panneaux décalés figurent une paysage boisé et champêtre. Le tout formant un décor dépouillé où vont entrer et sortir, se retrouver en nombre ou isolés, les protagonistes de la pièce qui ici, est sous-titrée "Scènes de vie à la campagne".

photo Michel Corbou

La nounou veille à ce que le thé soit toujours chaud sur le samovar mais certains, comme l’oncle Vania ou le docteur, préfèrent la vodka.
"Oncle Vania" est une pièce chorale et dans les scènes où plusieurs personnages sont réunis, tout le monde parle de choses différentes, sans qu’un thème soit privilégié et l’insignifiant et l’essentiel qui se côtoient, font bon ménage.
Il faut le monologue écologique de Mickhaïl Lvovitch sur l’acharnement de l’homme à détruire les forêts et sur les conséquences d’un tel ravage ou ceux de l’oncle Vania pour qu’un sujet persiste.
La mise en scène d’Alain Françon est un travail d’orfèvre et sa lecture de Tchekhov est très voisine de la vision qu’Antoine Vitez avait de l’auteur russe et qui disait, à propos d’"Ivanov" qu’il avait traduit, que le texte n’était "pas du tout triste ou mélancolique, mais gai et vif"
Il en résulte de ce choix, sur fond d’ennui et de dilettantisme, des moments qui choisissent le chemin de la drôlerie avec des personnages qui, quoique pathétiques, savent être irrésistibles.
Les scènes nocturnes où les habitants de la maison, tous insomniaques à la fois, se trouvent tout à coup réunis, en plus d’être de toute beauté, distillent un mélange de chaleur humaine et de profond mal être troublant.
S’il fallait faire une réserve à propos du travail d’Alain Françon, ce serait à propos du choix de Marie Vialle, la comédienne qui interprète Léna. Son interprétation trop frontale ôte au personnage sa part d’ambigüité et de mystère.
Francis Dubois

Théâtre Nanterre-Amandiers
7 avenue Pablo-Picasso 92 022 Nanterre
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur
réservation impérative) : 01 46 14 70 00
www.nanterre-amandiers.com

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