Actualité théâtrale

Jusqu’au 19 octobre au Théâtre du Rond Point, partenaire Réduc’Snes

« Open-space » Mathilda May

Mathilda May, chanteuse, danseuse, comédienne et musicienne se met à la mise en scène et nous entraîne dans le monde de l’entreprise, dans ces bureaux ouverts où tout le monde voit tout le monde en permanence, où s’épanouissent les romances, les amitiés et les petites jalousies, où la résignation côtoie l’ambition. Ici pas de jugement, pas de discours critique mais de l’observation, du ressenti, pas de paroles, juste des borborygmes et surtout des sons, des sonneries de téléphone, des bruits de claviers d’ordinateurs, des talons aiguilles qui claquent, une machine à café qui s’emballe.

Face à nous le décor de cet open-space : six postes de travail, des armoires contre les murs où s’empilent les dossiers, d’un côté un fumoir vitré, bien trop petit comme toujours, où s’entassent les fumeurs, de l’autre la machine à café et au fond de la scène un ascenseur. Entre gestes répétitifs, crises de rires et éclats de voix, des personnalités se révèlent. Il y a la pin-up qui essaie d’attirer l’attention du patron survolté, téléphone greffé au bout des doigts, le play-boy aux dents longues, autour duquel tournent toutes les femmes du bureau, sans succès d’ailleurs, puisque c’est dans les bras du réparateur de la machine à café qu’il va tomber ! Il y a l’homme transparent, qui fait mine de se suicider dans l’indifférence générale, il y a celui qui est sur la touche et auquel on n’a confié qu’un minitel, la femme complexée et celle qui survit grâce à l’alcool. L’impression que dans ces grands espaces ouverts les mots deviennent inaudibles pour ne laisser place qu’aux bruits et au langage des corps s’impose.

C’est un peu long (une heure et demie), mais il y a un humour ravageur. L’observation est fine, précise et Mathilda May a su saisir tout l’humour de cet open-space, de la femme de ménage qui officie avant le début de la pièce, jette dans un tiroir, après quelques hésitations, un dossier qui traînait, à l’arrivée des employés qui s’installent, baillent, se mouchent. Il y a un combat de boxe, un gospel, une pole dance ! On glisse de la réalité aux rêves et aux fantasmes. Il y a du rythme, de la musique, de la danse. C’est avec leur corps et avec les bruits du bureau et de l’environnement - les avions qui passent, la chasse d’eau - que les comédiens, sans avoir besoin de mots, nous racontent la journée de travail et les rapports qu’ils ont entre eux. Leurs déplacements sont chorégraphiés avec une précision étonnante et ils sont tous excellents. On pense aux Deschiens et à Tati, on rit beaucoup et on en redemande !

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 15h

Théâtre du Rond-Point

2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 44 95 98 21

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Angels in America »
    New York 1985, début de l’épidémie du Sida présentée par les puritains comme une punition divine à l’encontre des gays. Un avocat aussi cynique que célèbre, juif et homosexuel, refusant de reconnaître et... Lire la suite (27 janvier)
  • « Le K »
    Treize nouvelles qui donnent aux événements banals de la vie quotidienne une dimension fantastique, tantôt inquiétante, tantôt drôlissime. Gregori Baquet les a prises dans Le K de Dino Buzzati, le... Lire la suite (26 janvier)
  • "J’ai rêvé la Révolution"
    « J’ai rêvé la Révolution » est repris : Du 29 au 31 janvier à la Comédie de Picardie à Amiens (80) Du 27 février au 8 mars au théâtre de l’Épée de bois à Paris En parallèle il y a un spectacle court... Lire la suite (26 janvier)
  • « La mégère apprivoisée »
    Un jeune homme Lucentio arrive à Padoue avec son valet, aperçoit une jeune fille fort jolie et en tombe amoureux. Mais le père de Bianca a décidé qu’elle ne pourrait se marier que lorsqu’un mari se... Lire la suite (24 janvier)
  • « Dom Juan ou le festin de pierre »
    Une adaptation du mythe de Don Juan et du texte de Molière d’une originalité et d’une force qui éveillent la réflexion et l’émotion. Même si Don Juan est un séducteur habile, il est loin de n’être que... Lire la suite (23 janvier)