Actualité théâtrale

La Tempête Cartoucherie, partenaire Réduc’Snes, jusqu’au 15 décembre 2013

"Orage" d’August Strindberg. Mise en scène Jacques Osinski.

Monsieur vit seul dans l’appartement qu’il occupait il y a cinq ans en compagnie de sa jeune femme et de leur petite fille.

Louise, une jeune parente, l’assiste au quotidien.

Lorsqu’il épousa Gerda, il lui fit la promesse de lui rendre sa liberté lorsqu’il se sentirait trop vieux pour demeurer son compagnon.

Depuis le divorce, il savoure sa vieillesse et sa solitude.

Au cours de l’été de canicule, son voisin de l’étage au-dessus est décédé. D’autres personnes ont aménagé mais personne, ni le Consul son frère, ni Starck le pâtissier ne les ont croisées dans l’escalier ou dans la cour.

Qui sont-elles pour faire autant de bruit au-dessus de la tête de Monsieur et pour entretenir un tel mystère dans cet immeuble réputé si silencieux avant leur arrivée ?

Depuis la cour, derrière la grande baie vitrée, on voit Monsieur prendre son repas, servi par Louise. Son frère, le Consul, le rejoint pour une promenade sur l’Avenue.

Starck, le pâtissier malchanceux en affaires, prend le frais après la cuisson des confitures. Sa femme est en train de perdre la vue et peut-être bien devient-elle sourde aussi. Mais elle refuse les soins, prétextant qu’ici-bas il n’y a plus pour elle, ni rien à voir, ni rien à entendre.

L’orage attendu qui n’éclate pas viendra-t-il du ciel ou du mystère qui plane sur l’immeuble depuis l’arrivée des nouveaux locataires ?

Écrite pour le théâtre intime créé par Strindberg et August Falck, "Orage" fait partie avec "Maison brûlée", "La sonate des spectres" ou " Le pélican" des pièces "de chambre" écrites sur le modèle de la musique du même nom.

Il s’agit, à travers une écriture minutieuse, de rechercher l’intimité, la proximité avec le public, une direction dramatique qui annonce la mise en scène moderne.

A la différence de Tchekov qui fait dire à First dans " La Cerisaie", "La vie a passé, on a comme pas vécu", chez Strindberg, on a vécu, aimé, ressenti et haï et on est comme Monsieur, jaloux de garder intact le souvenir, d’immobiliser le temps, d’enfermer la vie passée sous une cloche de verre.

Monsieur n’a d’autre désir que de pouvoir se souvenir de son histoire d’amour comme d’un conte et " Orage" qui parle du vieillissement, de l’ivresse de la fin de vie, n’est pas une pièce sans douceur. On y est sensible à l’allumage du premier réverbère, au clair de lune et on vit au rythme des passages du facteur, du laitier, de la blanchisseuse…

La mise en scène laisse le temps au temps qui passe et aux personnages tout le loisir d’exister dans la lenteur de l’été caniculaire et l’espérance d’un orage.

Jean-Claude Frissung qui joue Monsieur est très bien et Baptiste Roussillon, l’interprète de Starck, le pâtissier, donne en quelques scènes l’atmosphère trouble et l’ambiguïté pesante de la pièce.

Francis Dubois

Théâtre La Tempête Cartoucherie Route du Champ de Manœuvre 75 012 Paris.

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) 01 43 28 36 36

www.la-tempete.fr

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Mademoiselle Julie »
    La pièce d’August Strindberg a été montée plusieurs fois la saison passée, pourtant on a l’impression de la redécouvrir chaque fois au gré des adaptations et des interprétations, tant elle est riche et... Lire la suite (19 septembre)
  • « L’Amérique n’existe pas »
    Un homme, bien seul au milieu de cartons plus ou moins bien empilés, se lance dans un monologue. Il raconte des histoires, il fait naître des personnages comme cet homme qui ne monte jamais dans un... Lire la suite (18 septembre)
  • « À l’abordage »
    Sasha troublée par la beauté d’un jeune homme Ayden arrive avec son amie Carlie dans la communauté où il habite avec un maître à penser charismatique, Kinbote, secondé par sa sœur, Théodora. Kinbote... Lire la suite (18 septembre)
  • « Contes et légendes »
    L’intelligence artificielle est au cœur des recherches scientifiques d’aujourd’hui. Simples remplaçants des hommes pour des tâches répétitives ou dangereuses au départ, on ferait bien aujourd’hui des... Lire la suite (17 septembre)
  • « Où est mon chandail islandais ? »
    Knutte est revenu au village pour l’enterrement de son père. Il n’est pas venu les mains vides, mais les poches pleines de bière, sans compter celles qu’il pourra trouver, ainsi que quelques... Lire la suite (17 septembre)