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Un film de Vladimir Perisic (Franco-Serbe)

"Ordinary people" Sortie en salles le 26 Août

En 1971, une expérience est réalisée à l’université de Stanford. Des étudiants, à l’origine pacifistes jouent les gardiens et les prisonniers d’un camp de prisonniers. Le but de l’expérience était de constater comment, dans un contexte de guerre, des individus sans agressivité au départ, peuvent être gagnés par la violence la plus aveugle…
C’est cette expérience et des témoignages de soldats ayant participé à des crimes de guerre qui ont inspiré au réalisateur serbe Vladimir Perisic, son remarquable film "Ordinary people" sélectionné à la semaine de la Critique, lors du dernier Festival de Cannes.
Dans le petit matin, un bus avec sept soldats à son bord, roule à travers la campagne. Parmi eux, Dzoni, vingt ans qui, pour échapper au chômage, vient de s’engager. dans l’armée. Pas un mot sur la destination du voyage et lorsque Dzoni interroge, on lui conseille de ne pas poser trop de questions. Le terme du voyage est une série de bâtiments vétustes et dégradés, sans doute une ancienne ferme réquisitionnée par l’armée. L’attente dans une atmosphère de canicule prend fin avec l’arrivée d’une camionnette chargée d’une dizaine d’hommes."On va s’occuper de l’ennemi" révèle le chef de section avant une rapide leçon de tir efficace. Lorsqu’il comprend qu’il fait partie d’un peloton d’exécution, Dzoni a un réflexe de refus mais, comprenant très vite qu’il n’a pas le choix, il suit les autres et exécute sa tâche. Une seconde camionnette arrive, puis une troisième, puis une autre chargée d’adolescents. Pour Dzoni, la tâche est de plus en plus facile jusqu’au moment où, pris au jeu de la violence, il passera de la docilité à la prise d’initiative. On laissera Dzoni attablé à la buvette d’un camp de transit, devant un café, dans l’attitude de celui qui s’accorde un moment de repos, après une journée de travail…
SNES_OrdinaryPeople
Jean-Luc Godard disait que le seul film à faire sur les camps de concentration serait celui où l’on filmerait du point de vue des tortionnaires pris dans le simple déroulement de leur quotidien. Dans "Ordinary people", les actions auxquelles se livrent les jeunes soldats sont minimales et en relation avec l’attente : fumer une cigarette, boire, observer, faire un bref déplacement jusqu’à la fontaine ou échanger quelques mots… Et c’est dans la ligne de ces activités ordinaires que va bientôt s’intégrer une activité ordinaire de plus : tuer.
Avec une mise en scène simple constituée essentiellement de plans fixes, un accompagnement sonore réduit aux bruits de la campagne, une façon particulière de capter les regards, une violence contenue, Vladimir Perisic filme l’insoutenable : comment s’organise chez des jeunes gens ordinaires l’effacement de l’interdiction de tuer, comment le meurtre devient insidieusement un travail à accomplir. A une époque vulnérable comme celle que nous traversons, voilà un film nécessaire…
Francis Dubois

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